dimanche 16 novembre 2014

Robots Après Tout

    L’homme moderne ne hait peut-être pas la vie, mais il ne l’accepte plus, il refuse de s’y soumettre, et s’il rit de ses mystères, s’il se vante de les pénétrer tôt ou tard, grâce à la guerre, il n’en a pas moins peur de ce temple immense, vide de ses dieux, et où résonne lugubrement son pas solitaire. On trouvera peut-être que je fais de lui une peinture bien sombre, bien tragique, car, par son goût de l’uniformité, par son conformisme, par sa docilité envers une administration chaque jour plus tyrannique, il paraîtrait plutôt inoffensif. C’est que les révoltes et les terreurs qui l’inspirent ne paraissent qu’à peine encore à la surface de sa conscience, mais elles plongent dans son subconscient. Chacun de ces médiocres pris à part n’inspirait aucun soupçon, paraissait même dissimuler de bons sentiments sous un cynisme affecté. Mais de leur masse anonyme, comme d’une marmite de sorcière, ont jailli spontanément l’horrible et l’atroce. Ces conformistes, si attentifs à ne se distinguer en rien les uns des autres, resteront liés à jamais au souvenir du plus grand crime de l’histoire, car les générations futures refuseront certainement de distinguer entre les lâches et les imbéciles qui ont subi ce crime faute d’avoir eu le courage de le prévoir, et les misérables qui se vantent de l’avoir volontairement perpétré, alors qu’ils n’en sont encore aujourd’hui que les aveugles instruments. Par ce crime, du moins, nous pouvons déjà juger de la malfaisance des images qui hantaient des médiocres à leur insu, et aussi du caractère monstrueux de leur refoulement.

Georges Bernanos "La France contre les Robots" 1947

lundi 3 novembre 2014

Sortie du 33 des Kokos


"Chocolat Propaganda" notre deuxième LP vient de sortir !
  Du coup, soirée de gala au Baraka (d'où est tiré ce très beau daguerréotype) avant un showcase chez Spliff le 14 Novembre et un concert au Café de l'Europe le 5 décembre !

lundi 15 septembre 2014

Sur le Travail

     De mon temps tout le monde chantait. ( Excepté moi, mais j'étais déjà indigne d'être de ce temps- là). Dans la plupart des corps de métiers on chantait. Aujourd'hui on renâcle. Dans ce temps-là on ne gagnait pour ainsi dire rien. Les salaires étaient d'une bassesse dont on n'a pas idée. Et pourtant tout le monde bouffait. Il y avait dans les plus humbles maisons une sorte d'aisance dont on a perdu le souvenir. Au fond on ne comptait pas. Et on n'avait pas à compter. Et on pouvait élever des enfants. Et on en élevait. Il n'y avait pas cette espèce d'affreuse strangulation économique qui à présent d'année en année nous donne un tour de plus. On ne gagnait rien ; on ne dépensait rien ; et tout le monde vivait.
     Il n'y avait pas cet étranglement économique d'aujourd'hui, cette strangulation scientifique, froide, rectangulaire, régulière, propre, nette, sans une bavure, implacable, sage, commune, constante, commode comme une vertu, où il n'y a rien à dire, et où celui qui est étranglé a si évidemment tort.

Ch. Péguy Cahier XIV-6 du 16 février 1913

    Il est on ne peut plus naturel que la flexibilité suscite l'inquiétude : les gens ne savent pas quels risques vont payer ni quelles voies ils doivent suivre. Pour laver l'expression « système capitaliste » de l'opprobre qui lui est attaché, on a vu se propager par le passé maintes circonlocutions telle que le système de la «  libre entreprise » ou de l' « entreprise privée ». De nos jours, la flexibilité n'est qu'une autre manière d'éviter au capitalisme le reproche d'oppression. En s'en prenant à la rigidité bureaucratique et en mettant l'accent sur le risque, assure-t-on, la flexibilité donne à chacun plus de liberté de façonner sa vie. En réalité, l'ordre nouveau ne se borne pas à abolir les règles du passé : il leur substitue de nouveaux contrôles qui sont cependant difficiles à comprendre. Le nouveau capitalisme est un régime de pouvoir souvent illisible.

R. Sennett Le Travail Sans Qualités - 1998



« Au-delà des légumes, c’est la mort des chefs d’entreprise».

Th. Merret   Président de la FDSEA du Finistère  20 septembre 2014

mercredi 23 juillet 2014

Quitter la tribu


Objecteuses de conscience israéliennes.
Omer Goldman (3eme à droite de la photo) est actuellement en prison
Les lignes qui suivent sont extraites du blog d'Henri Goldman

     Ce qu’on nomme généralement la cause palestinienne est une cause juste, comme celle de tout peuple opprimé qui défend ses droits fondamentaux. Mais il règne autour de ce conflit des relents tribaux qui le polluent. Tout se passe comme si, par définition, tous les Juifs et tous les Arabes et les musulmans étaient enrôlés dans ce conflit d’un côté ou de l’autre sans même avoir le choix. Chacun est sommé d’être fidèle à son camp, de bénir ses armées ou ses martyrs sous peine d’être stigmatisé comme traître aux siens, voire (insulte très courante que je collectionne), comme « Juif honteux ». Avec des arguments de cette aune, les boucheries joyeuses comme celle de 14-18 n’ont pas de soucis à se faire quant à leur postérité. C’est pourquoi le signal envoyé par les dissidents du camp provisoirement dominant est tellement important, pourquoi leur engagement incarne plus que tout autre le combat pour des valeurs universelles, pourquoi il faut absolument écouter leur parole qui porte l’espoir de la réconciliation à venir, réconciliation que tous n’espèrent peut-être pas, lui préférant le cycle sans fin de la vengeance. C’est ce qu’avaient parfaitement compris en avril 2002, lors d’un pic des violences antisémites en France, une centaine d’intellectuels arabes dans une déclaration remarquée : « Nos partenaires et nos partisans les plus précieux sont les Israéliens et les Juifs qui œuvrent aux côtés des Palestiniens contre l’occupation, la répression, la colonisation, et pour la coexistence de deux Etats souverains palestinien et israélien. Un bon nombre d’entre eux ont une histoire familiale tragique, marquée par l’Holocauste. À nous de leur rendre hommage et de les rejoindre sur cette ligne de crête qui consiste à savoir quitter la tribu quand il s’agit de défendre des droits et des libertés universels » (Le Monde 4 Avril 2002).





mardi 15 juillet 2014

MANIF

Manif Clermontoise de soutien aux Palestiniens
jeudi 17 Juillet à 18H00
Place de Jaude

mardi 3 juin 2014

  Nouveau recueil de 14 chansons à la gloire d'Annemarie Schwarzenbach
  A part un policier à qui elle donne un coup de poing, elle aime les gens, c'est même plus fort qu'elle. Quand elle écrit un roman, c'est souvent un long poême. Quand elle rédige un article sur la condition humaine par exemple qu'est ce qui se passe lorsqu'on est Noir à Gettysburg et bien ça cause comme si c'était écrit de la veille. Le nationalisme la fait gerber au propre comme au figuré. Avec les Sorcières de la Nuit et les FTP MOI, elle est l'une des pires ennemies d'Hitler. Bref, elle a beau être morte depuis longtemps Annemarie demeure plus que jamais une bonne copine.

à écouter sur : https://myspace.com/elvisleaderprice