mercredi 23 juillet 2014

Quitter la tribu

Objecteuses de conscience israéliennes.
Omer Goldman (3eme à droite de la photo) est actuellement en prison
Les lignes qui suivent sont extraites du blog d'Henri Goldman

     Ce qu’on nomme généralement la cause palestinienne est une cause juste, comme celle de tout peuple opprimé qui défend ses droits fondamentaux. Mais il règne autour de ce conflit des relents tribaux qui le polluent. Tout se passe comme si, par définition, tous les Juifs et tous les Arabes et les musulmans étaient enrôlés dans ce conflit d’un côté ou de l’autre sans même avoir le choix. Chacun est sommé d’être fidèle à son camp, de bénir ses armées ou ses martyrs sous peine d’être stigmatisé comme traître aux siens, voire (insulte très courante que je collectionne), comme « Juif honteux ». Avec des arguments de cette aune, les boucheries joyeuses comme celle de 14-18 n’ont pas de soucis à se faire quant à leur postérité. C’est pourquoi le signal envoyé par les dissidents du camp provisoirement dominant est tellement important, pourquoi leur engagement incarne plus que tout autre le combat pour des valeurs universelles, pourquoi il faut absolument écouter leur parole qui porte l’espoir de la réconciliation à venir, réconciliation que tous n’espèrent peut-être pas, lui préférant le cycle sans fin de la vengeance. C’est ce qu’avaient parfaitement compris en avril 2002, lors d’un pic des violences antisémites en France, une centaine d’intellectuels arabes dans une déclaration remarquée : « Nos partenaires et nos partisans les plus précieux sont les Israéliens et les Juifs qui œuvrent aux côtés des Palestiniens contre l’occupation, la répression, la colonisation, et pour la coexistence de deux Etats souverains palestinien et israélien. Un bon nombre d’entre eux ont une histoire familiale tragique, marquée par l’Holocauste. À nous de leur rendre hommage et de les rejoindre sur cette ligne de crête qui consiste à savoir quitter la tribu quand il s’agit de défendre des droits et des libertés universels » (Le Monde 4 Avril 2002).





mardi 15 juillet 2014

MANIF

Manif Clermontoise de soutien aux Palestiniens
jeudi 17 Juillet à 18H00
Place de Jaude

mardi 3 juin 2014

  Nouveau recueil de 14 chansons à la gloire d'Annemarie Schwarzenbach
  A part un policier à qui elle donne un coup de poing, elle aime les gens, c'est même plus fort qu'elle. Quand elle écrit un roman, c'est souvent un long poême. Quand elle rédige un article sur la condition humaine par exemple qu'est ce qui se passe lorsqu'on est Noir à Gettysburg et bien ça cause comme si c'était écrit de la veille. Le nationalisme la fait gerber au propre comme au figuré. Avec les Sorcières de la Nuit et les FTP MOI, elle est l'une des pires ennemies d'Hitler. Bref, elle a beau être morte depuis longtemps Annemarie demeure plus que jamais une bonne copine.


mercredi 5 février 2014

Villes américaines

        
"La tyrannie des villes était comme la tyrannie compacte, et d'autant plus cruelle et absolue, d'une civilisation qui, à l'origine et dans sa phase de jeunesse, visait au progrès et à l'élévation de l'être humain ; devenue ensuite mécanique, elle abaissait et exploitait l'homme, qui, à ses formules et prescriptions toutes puissantes, opposait sans cesse en vain ce qu'il avait de meilleur, à savoir la discipline spontanée de sa conscience morale libre et responsable. Et au lieu de vivre ensemble de leur plein gré dans une société libre, fière, prête au dévouement, les citadins vivaient désormais en masse et en troupeau, mais chacun pour soi. Car le simple fait de manifester trop de fraternité, ou même de solidarité, ou même de pitié, se payait très cher. Alors chacun s'occupait de ses affaires et d'elles seules, trompait les étrangers pour mieux profiter d'eux, et se contentait de respecter les règles qui régissent la vie dans une société bien organisée ; et cela d'ailleurs uniquement par habitude, pour ne pas entrer en conflit avec la loi et la police, et parce qu'ainsi c'était plus commode et conforme à l'usage."

copyright Annemarie Schwarzenbach in "La quête du réel "

lundi 18 novembre 2013

Vallée Heureuse

Drôle d'ambiance en ce moment. On dirait qu'Hitler va être élu d'ici quinze jours. Je sais pas si ça vient de TF1 qu'aurait forcé sur le bromure ou je ne sais quoi. Du coup, j'en profite pour relire mes classiques: "Fuir Pour Vivre" d'Erika et Klaus Mann en parallèle avec "La Vallée Heureuse" de leur copine Annemarie Schwarzenbach...

Erika et Klaus sont les enfants de Thomas Mann. Ils essaient de trouver une place sous l'ombre gigantesque de leur prix Nobel de père et y réussissent plutôt bien. Erika dans le théâtre et Klaus dans l'écriture."Fuir pour Vivre" est un récit d'exil écrit à quatre mains. L'ouvrage brosse un portrait des exilés allemands fuyant Hitler. C'est pas compliqué: pratiquement toute la culture s'est barrée. Celles et ceux qui sont resté n'avaient pas l'argent pour partir ou bien se berçaient d'illusions vite dissipées. Et quand les illusions se dissipent sous le Troisième Reich flambant neuf c'est qu'on est mort depuis au moins dix minutes. "Fuir Pour Vivre" est un instantané sur la montée de la haine ordinaire et son couronnement dictatorial. Ça n'a rien à voir avec ici et maintenant et pourtant...

Annemarie est la fille du milliardaire Suisse Schwarzenbach négociant en soie. Elle passe sa vie entre les différents continents mais aussi entre l'histoire, la photographie, le journalisme et l'archéologie. "La Vallée Heureuse" est un récit à peine transposé de l'un de ses voyages en Iran. Je ne sais pas si le bouquin a été particulièrement bien traduit mais il y flotte comme un agréable parfum proustien: on quitte son crâne pendant trois quarts d'heure pour des neurones inconnus. Pas forcément plus calmes
d'ailleurs, mais assurément plus poètes. Bref, tout ça pour vous dire que le prochain Leaderprice actuellement en chantier sera une spéciale dédicace à Annemarie et ses amis.
Annemarie Schwarzenbach "autoportrait au Leica"

jeudi 4 avril 2013

La chasse au Cahu

Et ben... si on peut même plus avoir Six cents milles balles en Suisse... tu vois, Jérôme Ministre délégué au budget, toi tu me fais rire. ça me change de ces comiques sinistres qu'on nous refourgue à plein Zéniths.
courage Jérôme, on t'aime





samedi 9 mars 2013

Despentes nous parle

Virginie Despentes nous livre ses impressions sur la presse, Iacub et Banon...

"je me contre tape de savoir si Lionel Jospin et ses collègues non homophobes mais quand même conscients que la pédalerie doit avoir un prix social, m'incluent ou pas dans leur conception de l'humanité, je veux que l'Etat lui fasse savoir que je suis une humaine, au même titre que les autres. Même sans bite dans le cul. Même si je ne fournis pas de gamin à mon pays."

Qu’il y ait des meufs dans le 6eme arrondissement de Paris qui s’agitent volontiers sur les queues qui peuvent leur rapporter de l’argent : rien de neuf. S’il ne s’agissait que de désir, elles sortiraient de leur quartier. Qu’on vienne demander encore un effort aux citoyens, la classe moyenne aura bien quelques euros à débourser pour l‘Obs, pour Libé et pour Stock – le gogo, on le sait, s’attrape bien par la libido : rien de neuf. On ne donne jamais assez aux riches. La sensation pénible d’assister à la débâcle d’une cour en folie, toujours rien de neuf. L’ironie du sort, qui veut que l’homme mis en scène soit celui qui dirigea longtemps l’organisation qui a orchestré la dette, ce trait qu’on veut tirer sur toute utopie en hypothéquant nos futurs, n’a rien de neuf non plus.
Du côté de l’Obs, rien de bien neuf non plus, cette gauche-là tutoie les sommets. Et quand Joffrin consacre la « une » de son journal au livre de Iacub, ce n’est pas qu’il vient de découvrir les vertus de la presse façon Closer, c’est la littérature qui l’appelle. Il s’explique dans son petit édito : « Les qualités littéraires du livre étaient indiscutables. » Joffrin, on ne savait pas qu’il avait la faculté de trier ce qui entre en bibliothèque de ce qui part à la poubelle. On devrait faire appel à lui plus souvent, on s’épargnerait un tas de discussions oiseuses.
La littérature, pas la peine de s’en faire pour elle, en a vu d’autres, elle a toujours aussi servi les intérêts des boutiquiers et, si elle doit continuer d’avoir un sens, elle s’en remettra. Puisque le propre de la littérature, justement, est de prendre avec le temps une force que les plus calamiteuses entreprises de négoce ne devraient pouvoir saccager.
GARDES-CHIOURMES
Un parallèle, cependant, m’intrigue : qu’on se souvienne du silence pour le moins poli qui suivit quasi unanimement la publication du texte de Tristane Banon Le Bal des hypocrites (Au Diable Vauvert, 2011). A cette époque, les critiques littéraires se drapaient dans la dignité la plus offensée : ah non, ça, ce n’était pas de la littérature. Elle, ils l’ont vue venir et ils nous ont prévenus : voyeurisme, volonté pathétique de faire parler d’elle, petit texte sans importance. Les gardes-chiourmes étaient là, la pudeur brandie en bandoulière, pour s’assurer que la jeune auteure ne tirerait aucun bénéfice critique de son entreprise d’écriture. Mais, quand il s’agit des errements érotico-neuneus d’une bourgeoise mollement masochiste, on fait le tour des plateaux télé pour ameuter le chaland. Quand je lis dans Libé, sous la plume de Lançon, que Iacub, c’est un peu Sade qui rencontre Guibert, je demande quand même à ce qu’on m’explique pourquoi Banon n’a été pour personne Bret Easton Ellis qui rencontrait Joan Didion. Son texte à elle posait pourtant quelques questions intéressantes.
Par exemple, ce refus atypique du droit de cuissage, cette histoire de petite fille qui se débat quand on veut la prendre de force. Qui non seulement se sauve, mais encore décide de ne pas se taire, contre les conseils avisés de son milieu. Il y avait une petite transgression, là-dedans, un joli refus de se laisser faire, par deux fois. Ce courage-là, hors de question de le saluer. Banon, c’était le texte anecdotique d’une pauvre fille. Alors pourquoi Iacub est l’égérie féministe de la presse de gauche d’aujourd’hui ? De l’oeuvre de Iacub, on avait peine à retenir grand-chose, jusqu’alors, si ce n’est une obsession du genre : le viol ne serait qu’une vue de l’esprit, une confusion mentale, une soumission à la propagande féministe.
On sait que, vu du côté des hommes, les auteures ne sont jamais aussi intéressantes que quand elles décrivent ce qui leur passe entre les cuisses. On découvre aujourd’hui que c’est encore mieux si elles se soumettent aux diktats patriarcaux les plus éculés. Tant il est vrai que, vu d’une certaine gauche, qualifier l’immigrée de laide et de vulgaire, on ne s’en lassera jamais. Comme rappeler qu’une femme de pouvoir, telle Sinclair, émascule toujours l’homme qu’elle épouse. La gauche, elle aussi, est en passe de se décomplexer. Iacub est bien utile pour redire aux femmes quelle est leur place légitime : sous les reins des puissants, et aux pauvres, dans le même mouvement : la main au portefeuille, pour assister de loin aux partouzes des élites.
Ça aurait été plus direct et marrant, les gars, si vous vous étiez fait imprimer des tee-shirts « on est tous des trousseurs de domestiques » puisqu’au final c’est là que vous paraissez vouloir en venir, à tout prix. Une femme de chambre, ça ne devrait pas coûter aussi cher, le fond du problème c’est ça. La parole des pauvres, la gueulante des opprimés, même entendues de loin, visiblement vous gênent pour dîner entre vous, tranquilles. L’enthousiasme avec lequel vous venez nous dire qu’on devrait trouver tout ça formidable est quand même dur à avaler. Vous êtes peut-être tous des trousseurs de domestiques, mais vous devriez vous méfier du pénible arrière-goût que nous laisse, à la longue, l’impression d’être toutes vos femmes de ménage.