lundi 15 septembre 2014

Sur le Travail

     De mon temps tout le monde chantait. ( Excepté moi, mais j'étais déjà indigne d'être de ce temps- là). Dans la plupart des corps de métiers on chantait. Aujourd'hui on renâcle. Dans ce temps-là on ne gagnait pour ainsi dire rien. Les salaires étaient d'une bassesse dont on n'a pas idée. Et pourtant tout le monde bouffait. Il y avait dans les plus humbles maisons une sorte d'aisance dont on a perdu le souvenir. Au fond on ne comptait pas. Et on n'avait pas à compter. Et on pouvait élever des enfants. Et on en élevait. Il n'y avait pas cette espèce d'affreuse strangulation économique qui à présent d'année en année nous donne un tour de plus. On ne gagnait rien ; on ne dépensait rien ; et tout le monde vivait.
     Il n'y avait pas cet étranglement économique d'aujourd'hui, cette strangulation scientifique, froide, rectangulaire, régulière, propre, nette, sans une bavure, implacable, sage, commune, constante, commode comme une vertu, où il n'y a rien à dire, et où celui qui est étranglé a si évidemment tort.

Ch. Péguy Cahier XIV-6 du 16 février 1913

    Il est on ne peut plus naturel que la flexibilité suscite l'inquiétude : les gens ne savent pas quels risques vont payer ni quelles voies ils doivent suivre. Pour laver l'expression « système capitaliste » de l'opprobre qui lui est attaché, on a vu se propager par le passé maintes circonlocutions telle que le système de la «  libre entreprise » ou de l' « entreprise privée ». De nos jours, la flexibilité n'est qu'une autre manière d'éviter au capitalisme le reproche d'oppression. En s'en prenant à la rigidité bureaucratique et en mettant l'accent sur le risque, assure-t-on, la flexibilité donne à chacun plus de liberté de façonner sa vie. En réalité, l'ordre nouveau ne se borne pas à abolir les règles du passé : il leur substitue de nouveaux contrôles qui sont cependant difficiles à comprendre. Le nouveau capitalisme est un régime de pouvoir souvent illisible.

R. Sennett Le Travail Sans Qualités - 1998



« Au-delà des légumes, c’est la mort des chefs d’entreprise».

Th. Merret   Président de la FDSEA du Finistère  20 septembre 2014

mercredi 23 juillet 2014

Quitter la tribu


Objecteuses de conscience israéliennes.
Omer Goldman (3eme à droite de la photo) est actuellement en prison
Les lignes qui suivent sont extraites du blog d'Henri Goldman

     Ce qu’on nomme généralement la cause palestinienne est une cause juste, comme celle de tout peuple opprimé qui défend ses droits fondamentaux. Mais il règne autour de ce conflit des relents tribaux qui le polluent. Tout se passe comme si, par définition, tous les Juifs et tous les Arabes et les musulmans étaient enrôlés dans ce conflit d’un côté ou de l’autre sans même avoir le choix. Chacun est sommé d’être fidèle à son camp, de bénir ses armées ou ses martyrs sous peine d’être stigmatisé comme traître aux siens, voire (insulte très courante que je collectionne), comme « Juif honteux ». Avec des arguments de cette aune, les boucheries joyeuses comme celle de 14-18 n’ont pas de soucis à se faire quant à leur postérité. C’est pourquoi le signal envoyé par les dissidents du camp provisoirement dominant est tellement important, pourquoi leur engagement incarne plus que tout autre le combat pour des valeurs universelles, pourquoi il faut absolument écouter leur parole qui porte l’espoir de la réconciliation à venir, réconciliation que tous n’espèrent peut-être pas, lui préférant le cycle sans fin de la vengeance. C’est ce qu’avaient parfaitement compris en avril 2002, lors d’un pic des violences antisémites en France, une centaine d’intellectuels arabes dans une déclaration remarquée : « Nos partenaires et nos partisans les plus précieux sont les Israéliens et les Juifs qui œuvrent aux côtés des Palestiniens contre l’occupation, la répression, la colonisation, et pour la coexistence de deux Etats souverains palestinien et israélien. Un bon nombre d’entre eux ont une histoire familiale tragique, marquée par l’Holocauste. À nous de leur rendre hommage et de les rejoindre sur cette ligne de crête qui consiste à savoir quitter la tribu quand il s’agit de défendre des droits et des libertés universels » (Le Monde 4 Avril 2002).





mardi 15 juillet 2014

MANIF

Manif Clermontoise de soutien aux Palestiniens
jeudi 17 Juillet à 18H00
Place de Jaude

mardi 3 juin 2014

  Nouveau recueil de 14 chansons à la gloire d'Annemarie Schwarzenbach
  A part un policier à qui elle donne un coup de poing, elle aime les gens, c'est même plus fort qu'elle. Quand elle écrit un roman, c'est souvent un long poême. Quand elle rédige un article sur la condition humaine par exemple qu'est ce qui se passe lorsqu'on est Noir à Gettysburg et bien ça cause comme si c'était écrit de la veille. Le nationalisme la fait gerber au propre comme au figuré. Avec les Sorcières de la Nuit et les FTP MOI, elle est l'une des pires ennemies d'Hitler. Bref, elle a beau être morte depuis longtemps Annemarie demeure plus que jamais une bonne copine.

à écouter sur : https://myspace.com/elvisleaderprice


mercredi 5 février 2014

Villes américaines

        
"La tyrannie des villes était comme la tyrannie compacte, et d'autant plus cruelle et absolue, d'une civilisation qui, à l'origine et dans sa phase de jeunesse, visait au progrès et à l'élévation de l'être humain ; devenue ensuite mécanique, elle abaissait et exploitait l'homme, qui, à ses formules et prescriptions toutes puissantes, opposait sans cesse en vain ce qu'il avait de meilleur, à savoir la discipline spontanée de sa conscience morale libre et responsable. Et au lieu de vivre ensemble de leur plein gré dans une société libre, fière, prête au dévouement, les citadins vivaient désormais en masse et en troupeau, mais chacun pour soi. Car le simple fait de manifester trop de fraternité, ou même de solidarité, ou même de pitié, se payait très cher. Alors chacun s'occupait de ses affaires et d'elles seules, trompait les étrangers pour mieux profiter d'eux, et se contentait de respecter les règles qui régissent la vie dans une société bien organisée ; et cela d'ailleurs uniquement par habitude, pour ne pas entrer en conflit avec la loi et la police, et parce qu'ainsi c'était plus commode et conforme à l'usage."

copyright Annemarie Schwarzenbach in "La quête du réel "

lundi 18 novembre 2013

Vallée Heureuse

Drôle d'ambiance en ce moment. On dirait qu'Hitler va être élu d'ici quinze jours. Je sais pas si ça vient de TF1 qu'aurait forcé sur le bromure ou je ne sais quoi. Du coup, j'en profite pour relire mes classiques: "Fuir Pour Vivre" d'Erika et Klaus Mann en parallèle avec "La Vallée Heureuse" de leur copine Annemarie Schwarzenbach...

Erika et Klaus sont les enfants de Thomas Mann. Ils essaient de trouver une place sous l'ombre gigantesque de leur prix Nobel de père et y réussissent plutôt bien. Erika dans le théâtre et Klaus dans l'écriture."Fuir pour Vivre" est un récit d'exil écrit à quatre mains. L'ouvrage brosse un portrait des exilés allemands fuyant Hitler. C'est pas compliqué: pratiquement toute la culture s'est barrée. Celles et ceux qui sont resté n'avaient pas l'argent pour partir ou bien se berçaient d'illusions vite dissipées. Et quand les illusions se dissipent sous le Troisième Reich flambant neuf c'est qu'on est mort depuis au moins dix minutes. "Fuir Pour Vivre" est un instantané sur la montée de la haine ordinaire et son couronnement dictatorial. Ça n'a rien à voir avec ici et maintenant et pourtant...

Annemarie est la fille du milliardaire Suisse Schwarzenbach négociant en soie. Elle passe sa vie entre les différents continents mais aussi entre l'histoire, la photographie, le journalisme et l'archéologie. "La Vallée Heureuse" est un récit à peine transposé de l'un de ses voyages en Iran. Je ne sais pas si le bouquin a été particulièrement bien traduit mais il y flotte comme un agréable parfum proustien: on quitte son crâne pendant trois quarts d'heure pour des neurones inconnus. Pas forcément plus calmes
d'ailleurs, mais assurément plus poètes. Bref, tout ça pour vous dire que le prochain Leaderprice actuellement en chantier sera une spéciale dédicace à Annemarie et ses amis.
Annemarie Schwarzenbach "autoportrait au Leica"