Porcherie
Pourtant, deux ou trois ans auparavant, Gaston, qui montait de temps à autre à « Ripa », m’avait louangé un duo qui tournait beaucoup dans les squats. Qu’est‑ce qui pouvait bien pousser les jeunes Parisiens à braver les flics et les fachos pour aller entendre ce tintamarre ? La misère, sans doute. Sûrement pas le goût des belles mélodies.
Peut‑être ce duo était‑il semblable à certaines décoctions : on se force à en boire, on se reforce, et ça finit par passer. Mais dans quel but ? Montrer qu’on est devenu féroce ? Aussi féroce que la police qui, croyant tuer un jeune, allait bientôt assassiner un passionné de jazz prénommé Malik ?
Dieu sait que les fondateurs des Bérus n’avaient jamais rien demandé à personne. Ils s’étaient même ingéniés pendant longtemps — par goût ou, plus vraisemblablement, par fatalité — à rendre leur prestation la plus aride possible. Mais rien n’y fit. Ils devaient être, sans le savoir, deux puissants chamans. Une partie de la jeunesse, comme aimantée, venait à eux, et des milliers d’anciens enfants, désormais décolorés, criaient « Porcherie ! ».


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