La guerre comme un soleil, Emmanuel ?

Émile passe le conseil de révision en 1915 et est déclaré apte. En janvier 1916, il est versé au 108ᵉ régiment d’artillerie lourde, nouvellement créé, qui reçoit son baptême du feu un mois plus tard devant Verdun.

Émile et ses camarades sont autant terrassiers qu’artilleurs. Le canon de 155 Filloux nécessite, pour pouvoir tirer, le creusement d’une fosse destinée à recevoir sa culasse. Et comme le régiment se déplace souvent, il faut creuser souvent. Les batteries subissent le contre-feu allemand — explosif, chimique, au choix. Pendant le déluge d’acier, l’usage, entre copains, veut que les hommes mariés se planquent tandis que les célibataires restent aux pièces pour répliquer. Émile, qui en cette fin d’hiver n’a pas encore dix-neuf ans, est célibataire.

Les batteries changent fréquemment de position. Les déplacements, dangereux, se font de nuit. Une nuit, effrayé par des tirs ou des explosions, tout un attelage tombe dans un canal. Entraînés par le poids du chariot, les chevaux se noient.

Après l’armistice, Émile et les rescapés doivent combler les fosses, démanteler les plateformes d’artillerie, remettre un tant soit peu d’ordre dans le chaos. Mais rien ne sera plus jamais comme avant. La terre dégueule d’obus. Mon grand‑père est démobilisé en septembre 1919.


Illustration : des cavaliers font boire leurs montures devant Verdun.




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