Le Rond des berdins, épisode 3 : la nuit
J’avais
pris ma journée et nous avions passé l’aprèm' dans les bois, à la recherche de
champignons. Ragnar était censé nous
indiquer, en croassant depuis les branches, un éventuel rond de girolles. Mais,
comme Polly le pensait, il n’avait pas assez plu et notre panier était aussi
triste qu’une messe à Saint-Fiacre.
Et puis le vent s’est levé, le ciel s’est partagé entre gris perle et gris cendre, et nous sommes rentrées ; sans Ragnar, qui a préféré filer d’un coup d’aile, certainement chez Mado.
Une fois à la longère, on a dîné, bouquiné et puis, le froid commençant à s’insinuer dans le salon, on est allées se coucher ; pas tard pour une fois.
C’est le chat qui, d’un coup de patte, m’a réveillée. Une veilleuse était toujours allumée et Polly ronflait comme une bienheureuse, son recueil favori de Prévert sur le bidou.
J’allais éteindre la lampe quand, derrière la vitre, des lueurs se mirent à danser dans la forêt, tout au bout de notre potager.
Des braconniers ?
Le temps d’enfiler un jean et un blouson, je me retrouvais dans le jardin, en pleine nuit d’octobre, vers une heure du matin.
La lanterne me guidait entre une rangée de potimarrons Rouge Vif d'Étampes posés sur la terre noire, de gros poireaux bleus de Solaise que Polly juge indispensables à la soupe et quelques cardes héritées de ma grand-mère.
Passé l’arche de vieux noisetiers où s'accrochent encore les dernières courges et les tournesols secs, j’entrais dans les bois.
Comme un bouquet, une odeur de charbon froid éclot lentement et me signala la venue de Louison Gobelet. Je dois être l’une des rares personnes que la présence d’un esprit rassure...
Je demandais à Louison s’il savait qui rôdait à cette heure-ci et dans quel but.
Deux craquements secs de branches me répondirent. Sans la planche Ouija, c’était notre code pour un « oui ».
J’étais bien avancée !
Mais, avec les lueurs, le bruit sourd d’une pioche se rapprochait, me fournissant un début d’hypothèse.
Illustration : Kokobingo



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