Les rayons et les ombres

 Je n'étais plus allé au cinoche depuis "Napoléon", pièce montée bourrée d'erreurs historiques mais complètement réjouissante, investie et assumée par Ridley Scott. Bref, tout l'inverse de "Les rayons et les ombres"Scott s'était plongé dans Bonaparte jusqu'à la garde pour en extraire un biopic de super-héros bougon et totalitaire qui s'use la santé à sauver les honnêtes gens de la déferlante révolutionnaire. La thèse avait beaucoup déplu aux honnêtes spectateurs. Si je voulais être gentil, le seul point commun entre "Napoléon" et "Les Rayons" serait la fiesta aux chandelles (dans les deux cas mal décalquée du Kubrick de "Barry Lindon") ou la somptuosité des décors et des accessoires. Encore que, chez Xavier Giannoli, on a finalement pas tant de trucs que ça pour trente millions… 

Giannoli garantit la véracité historique de ce que sa caméra filme. Sept ans de boulot, vous rendez vous compte ? Alors oui, Corinne Luchaire fumait très certainement des Players et c'est la vraie bagnole d'Otto Abetz (aimablement prêtée par nos amis allemands) qui s'invite sur la pellicule. Quant au retour des cendres du fils de Napoléon (il serait amusant que Ridley Scott se soit glissé incognito dans la foule), c'est une copie conforme des archives Pathé d'époque… Mais, hélas, vous ne saurez rien de Jean Luchaire, directeur de presse pacifiste devenu collabo et père de Corinne, jeune espoir du cinéma minée par la tuberculose. Dujardin tricote trois heures d'absence. Ce que voulait ou pensait Jean Luchaire ne l'intéresse pas ; Dujardin le dit assez en interview et cela ne se voit que trop à l'écran. Au milieu de cette torpeur, seul Philippe Levy, incarnant furtivement un Louis Ferdinand Céline en plein délire, tire son épingle du jeu. Cela ravira les antisémites. Pour le reste, les trente millions du film sont claqués en clichés sur l'Occup' qu'on aurait mieux appréhendés dans un mauvais docu-fiction. C'est qu'à la différence de Scott, Giannoli, une pince à linge sur le pif, prend son sujet avec tellement de distance, de pincettes et de paires de gants jetables que je me suis plus emmerdé au Capitole que dans la salle d'attente de ma toubib. De cette épreuve Giannolesque, je retiens deux choses : "Fumer tue" et "Etre pacifiste comporte des risques". Ou vice-versa. 

Voici le pitch parfait pour cinéma officiel au temps du réarmement moral et industriel. 


Commentaires

  1. Et bien, à te lire, je ressens tout ton chagrin pour ce film et ta pitié pour cet acteur! Comme toute la France a été résistante, je te conseille cette série de documentaires: https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-les-ultras-de-la-collaboration

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