Le Rond des Berdins, épisode 2 : la Mado

   Madeleine Bord, dite Mado. Je suis la voisine de Theodora Timpo et de Polly Warner. Je suis à quoi de chez elles ? Cent, cent cinquante mètres à vol d'oiseau… Ce sont de bonnes voisines, pas emmerdantes et de bon service. C'est crucial à tout âge, les bons voisins ; surtout au mien. La bête est née pendant la guerre, ici même, au Rond des Berdins. 

Je suis sculptrice sur métal. J'ai traîné des pièces, soudé toute ma vie ; ma vie, c'est la soudure. Il n'y a encore pas si longtemps, je donnais dans le monumental, mais, avec l'usure, j'ai dû revoir mes ambitions. Je ne fais pas encore dans le cendrier, mais je n'en suis plus très loin. 

Alors je suis bien contente d'avoir des rebouteuses à portée de main. En échange de leurs soins, qui me font toujours du bien, je leur répare leur Aixam 400. Ce ne sont pas les pièces qui me manquent ; je connais tout ce que le coin compte de ferrailleurs. 

Theo, la grande blonde à la mèche peroxydée, c'est celle qui me ressemblerait le plus : une taiseuse à l'esprit vif. Je vous raconte tout ça parce que je sais que ça ne sera pas répété. 

Polly, elle est plus ronde ; mais faut pas la chercher non plus. 

Theo, elle barre le feu et soigne les maladies de peau. Elle s'intéresse aussi à l'occultisme et au spiritisme. Polly, elle soulage les douleurs et sait remettre les abatis en place quand ce n'est pas trop méchant. Elle cueille et cultive des simples, de l'herbe à fumer... C'est une championne pour tout ce qui relève des maux du foie. 

Bon, vu qu'elles ne se font pas payer, mais qu'elles acceptent des victuailles comme dans l'temps, elles ne sont pas sorcières à plein temps. Theo bosse quelques heures à la Maison des services publics de Saint-Fiacre. Quand l'Aixam est en panne, elle y monte en mobylette ; ou bien Safiya passe la prendre avec son service de transport à la demande. 

Polly est traductrice, mais avec l'intelligence artificielle, elle s'inquiète pour la suite. 

Je ne dirais pas qu'elles sont comme mes filles, car je n'ai jamais voulu de gosses. Avec des moufflets dans les pattes, je n'aurais jamais pu mener la vie que j'ai menée.

 

Illustration : Kokobingo




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