Snake shot
J'accompagnais France dans le café voisin de sa Cité U où Tina Turner nous accueillait d’une lancinante question : «What’s love got to do with it ?». Nous lui répondions par un tête-à-tête au babyfoot, avant de nous laisser choir sur la banquette en moleskine. Des mecs ne tardaient pas à nous succéder et, par un coup sec, à libérer les balles. Au milieu des exclamations, des gamelles et des buts, France calait nonchalamment deux francs près du boulier, en signe de défi aux gagnants. Comme des offensés de western, les quatre types prirent un temps pour passer de l’incrédulité à l’amusement. Que pouvait espérer cette poulette dont les boucles cachaient un regard noir et, sous les manches du sweat, des mains toujours frigorifiées ? Devant mon expresso, je mimais l'ingénu. Avec, cependant, un rien d’appréhension. Les garçons lui auraient volontiers donné une leçon de baby propice au rapprochement des bassins, mais en recevoir d'une joueuse douée serait vécu au mieux comme une entourloupe. Et douée, France l'était : même nervosité rentrée, mêmes tirs spectaculaires que Nono, joueur de mon ancien lycée au Snake shot réputé. Sitôt penchée sur la barre d'avants, comme prête à bondir sur la plumaille d'en face, son naturel enjoué transmutait en concentration glaciale.
Illustration: "Materazzi" ; Bianca Argimon - 2017



Commentaires
Enregistrer un commentaire