Fuego

   Marie-Isabelle, portrait craché de l'Indienne qui avait guidé Cortés au cœur des cités d'or, se contentait, pour l'heure, de démarrer en côte la Fuego de son grand frère. Dans un bazar riquiqui servant d'asile aux dernières morsures de l'hiver, Suzanne mettait la main sur un invendu des Korgis. Les boîtes à musique, vissées aux murs des cafés, vendaient pour quelques pièces un flux continu d'italo-disco ; voilà où en était le monde, mon tout petit monde, lorsque la voix de Catherine déboula comme une chienne dans un jeu de quilles.

Je dis « Catherine », alors que je n'ai croisé qu'une fois la Ringer. Quartier Saint-Alyre, avec son Fred, droits comme le « i » de Mitsouko, mais certainement en train de se débattre avec leur célébrité toute neuve. On aurait pu leur dire bonjour, ou merde, mais bon : appelez cela hiérarchie ou timidité ; eux galopaient chez les hussards quand nous fourragions, comme toujours, derrière les fourgons.

Catherine avait rejeté paroles, tripes et boyaux depuis leur cuisine, et le tout atterrissait dans les fameuses boîtes à musique, entre Scorpions et Clio. La mort et le foutre au milieu des confipotes ! Pour l'instant, Montlu la Rouge, Clermont la Prude ignoraient encore que Catherine suça sous des sunlights assez crus ; mais dès qu'elles le sauraient, sûr que les bonnes villes ne verraient plus que la dent manquante et les fringues de romanichel.

Au bout du conte, l'irruption scandaleuse se transforma en rendez-vous réguliers et chéris, quasi familiaux. Quand, au moment du vacherin, son Fred remettait en question les vertus du hip-hop, Catherine, elle, conservait la flamme et le dolman.

Les chiens aboient, la Fuego passe.

Trop vite, hélas.


Illustration : Renault Fuego




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