jeudi 26 mars 2015

D'Allemagne

   Le mouvement national-socialiste - car les chefs considèrent, avec raison, le terme de mouvement populaire comme préférable à celui de parti - est composé, comme il résulte de son essence même, des intellectuels, d'une large masse de petits-bourgeois, d'employés de bureau et de paysans et d'une partie des chômeurs ; mais, parmi ces derniers, beaucoup sont attirés surtout par le logement, la nourriture et l'argent qu'ils trouvent dans les troupes d'assaut.
le lien entre ces éléments si divers est constitué moins par un système d'idées que par un ensemble de sentiments confus, appuyés par une propagande incohérente. On promet aux campagnes de hauts prix de vente, aux villes la vie à bon marché. Les jeunes gens romanesques sont attirés par des perspectives de luttes, de dévouement, de sacrifice ; les brutes par la certitude de pouvoir un jour massacrer à volonté.
   Une certaine unité est néanmoins assurée en apparence par le fanatisme nationaliste, que nourrit, chez les petits-bourgeois, un vif regret à l'égard de l'union sacrée d'autrefois, baptisée "socialisme du front".

Simone Weil - Ecrits sur l'Allemagne 1932-1933

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