jeudi 26 novembre 2015

Vichy Pirate


« Une chose est de désigner la machine totalitaire, une autre de lui accorder si vite une victoire définitive et sans partage. Le monde est-il aussi totalement asservi que l’ont rêvé – que le projettent, le programment et veulent nous l’imposer – nos actuels « conseillers perfides » ? Le postuler, c’est justement donner créance à ce que leur machine veut nous faire croire. C’est ne voir que la nuit noire ou l’aveuglante lumière des projecteurs. C’est agir en vaincus : c’est être convaincus que la machine accomplit son travail sans reste ni résistance. C’est ne voir que du tout. C’est donc ne pas voir l’espace, fût-il interstitiel, intermittent, nomade, improbablement situé, des ouvertures, des possibles, des lueurs, des malgré tout. »

Georges Didi-Huberman "Survivance des lucioles"

lundi 26 octobre 2015

Choose Life

une pochette signée Regis Turner, ils ne se refusent plus rien

Samedi dernier au Chapelier Toqué, ces vieux fous de Puissant Domota lançaient leur dernier disque. Pour mieux faire passer la pilule, ils avaient invité deux coaches belges particulièrement gratinés, Alek et ses Japonaises.  A coup de casios, de mélodies sirupeuses et de tapis de sols, les deux zigues ont réussi à faire exécuter un roulé-boulé à une collection de gamins sous Plan B et de retraités du twist. On pataugeait dans la sueur, la disco et le phéromone: je me suis fait voler mes deux protections d'oreilles et m'en suis aperçu une fois au lit. Question guérilla, les Domotas sont bien pires que les touaregs. Ça fait des années qu'ils tiennent cette ville par les lobes. Ils ont changé de nom x fois et utilisent leur pouvoir d'achat à faire chier les Tristus. Quand ils repèrent une trentenaire ou un quadra savourant ses cordons HI-FI made-in Rue du Port et qui coûtent un bras, ils lui glissent derechef un 33 Tours, une cassette ou un CD de leur confection. Leurs CD, c'est comme un virus: en général, c'est la membrane qui part en premier. Ensuite, la tête de lecture se met à radoter. Vous pouvez dès lors jeter votre pikeup sur les municipaux. Comment qu'ils font ? Je n'en sais rien. Mais le plus affreux, c'est quand la lune vire mélancolique et que les petits enfants se dépêchent de rentrer chez eux pour échapper au fantôme de Jay-Z, les Domotas se mettent alors à chanter des ballades, ou des furies sans queue ni tête, sans balance, sans étude de marché. Alors les DRH se jettent du haut du Costa Concordia, l'escadron d'éclairage et d'appui de la 7eme DB se met en grève et Olivier Bianchi ci-devant Maire visse le disque "Choose Life" sur un satellite en partance pour les confins de l'univers, histoire qu'on sache ce que fut l'humanité de Clermont-Métropole. Une dernière précision: au moment de souffler leurs quarante bougies, les Domotas se révèlent être les derniers shouters de Rythm'n Blues encore en activité ainsi que les nouvelles sensations jazz, électro, rock, punk, folk du moment.

lundi 12 octobre 2015

l'économie vue par un américain

L’économie n’est rien d’autre qu’une prise d’otages, dans laquelle la majorité de la population est violemment asservie par une petite minorité. Dès que l’accumulation du profit est remise en cause, que ce soit par des facteurs contingents (par exemple, la pauvreté d’une zone géographique) ou intentionnels (comme la résistance d’une population), ceux qui détiennent le pouvoir (les plus riches) commencent à tuer les otages.
C’est précisément ce qui est advenu au cours de la restructuration économique des cinquante dernières années. Certaines régions qui résistaient à la baisse des salaires, au démantèlement des services sociaux, à l’exportation ou à la mécanisation des emplois et à la privatisation des services publics ont été littéralement sacrifiées. Le paysage américain contemporain se trouve ainsi jonché de cadavres : Détroit et Flint (Michigan), Camden (New-Jersey), Athens (Ohio), Jackson (Mississippi), les villes minières de l’Ouest de la Virginie et le Nord du Nevada.

Phil A. Neel  "Why Riot"

dimanche 4 octobre 2015

Les Kokomo's au Blizart



Notre tournée d'automne continue, après le Gatering Café d'Héricourt nous serons au Blizart Café de La Chaise Dieu Vendredi prochain

lundi 21 septembre 2015

Un Samedi de 82



     Un samedi de 1982, alors que je glandais devant "Décibels", une émission musicale d'Alain Maneval le clip d'"Acteurs" est passé pour mon plus grand plaisir : il y avait donc une vie après Téléphone et Trust. Les années ont passées, comme moi Aubert et Bernie pètent les scores de cholestérol mais ça ne m'empêche aucunement de vous proposer le clip de ce mini-tube d'Octobre, un combo éphémère et talentueux né des cendres de Marquis de Sade.

lundi 24 août 2015

Laureth Sulfate et la nuit de l'Indienne Rousse

   

    Indian Redhead Records est une maison de disques où l'on prend le temps de vous demander si vous êtes une ancienne Clodette en sevrage d'afghan ou bien un futur choriste de Coeur de Pirate. C'est aussi et surtout l'état major impérial de la musique populaire d'où part à chaque minute une nouvelle note, une idée nouvelle et je me félicite d'en connaître les bienheureux fondateurs. Samedi dernier se tenait le cinquième festival de l'indienne rousse et nous y étions en compagnie de Wijbick pour donner une sixième ou septième séance de chansons improvisées. Comme vous le savez peut-être, nous travaillons d'après les enseignements du maître Ahmad Al Tuni : à seize heures nous bouffons des pâtisseries avec ou sans gluten histoire d'attendre sereinement vingt heures. A vingt heures, à quelques secondes du début d'un show spectaculaire et tandis que je n'arrive même plus à allumer mon Yamaha hors-d'âge, Wijb annonce que nous nous nommons "Laureth Sulfate" et que nous improviserons des chansons dont le public chéri définira les thèmes. Tombe le premier : les ananas rouges.
    Dès lors, vogue petit Moïse sur le Nil enchanté. Nous nous promenons dans un immense cahier à spirale multicolore ou tout s'écrit dans l'instant pour aussitôt s'effacer. Etranges et Carolliennes expériences que nous restituerons bientôt sous forme d'une cassette audio. Je vous tiendrai au courant. En attendant ne manquez pas de visiter le site d'Indian Redhead :WWW.INDIANREDHEAD.COM

mercredi 19 août 2015

Verre cassé



Une superbe ballade zaïroise de Simarro Massiya intitulée "Verre cassé", interprétée par Carlyto et Pépé Callé.

dimanche 9 août 2015

Après la messe

   Alors qu'il est au séminaire, Talleyrand s'ennuie prodigieusement. Heureusement pour lui, il y'a la messe...

   "Le hasard me fit faire une rencontre qui eut de l'influence sur la disposition dans laquelle j'étais alors. J'y pense avec plaisir, parce que je lui dois vraisemblablement de n'avoir pas éprouvé tous les effets de la mélancolie poussée au dernier degré. J'étais arrivé à l'âge des mystérieuses révélations de l'âme et des passions, au moment de la vie où toutes les facultés sont actives et surabondantes. Plusieurs fois j'avais remarqué dans une des chapelles de l'église de Saint-Sulpice une jeune et belle personne dont l'air simple et modeste me plaisait extrêmement. A dix-huit ans, quand on n'est pas dépravé, c'est là ce qui attire: je devins plus exact aux grands offices. Un jour qu'elle sortait de l'église, une forte pluie me donna la hardiesse de lui proposer de la ramener jusque chez elle, si elle ne demeurait pas trop loin. Elle accepta la moitié de mon parapluie. Je la conduisis rue Férou où elle logeait; elle me permit de monter chez elle, et sans embarras, comme une jeune personne très pure, elle me proposa d'y revenir. J'y fus d'abord tous les trois ou quatre jours; ensuite plus souvent. Ses parents l'avaient fait entrer malgré elle à la comédie; j'étais malgré moi au séminaire. Cet empire, exercé par l'intérêt sur elle et par l'ambition sur moi, établit entre nous une confiance sans réserve. Tous les chagrins de ma vie, toute mon humeur, ses embarras à elle, remplissaient nos conversations. On m'a dit depuis qu'elle avait peu d'esprit: quoique j'aie passé deux ans à la voir presque tous les jours, je ne m'en suis jamais aperçu."

Talleyrand "Mémoires"

mardi 28 juillet 2015

l'Astragale



  Cambrioleuse, prostituée, prisonnière en cavale, écrivaine on doit à Albertine Sarrazin bien des aventures et de chouettes bouquins dont l'un des plus connus, "l'Astragale" fait l'objet d'une seconde adaptation cinématographique sortie en avril. Et puis en plus, je chante une chanson rien que sur elle
    
le site d'Albertine : www.albertine-julien.fr/

mardi 7 juillet 2015

Insurgé(e)s et milicien(ne)s populaires du Donbass

 Les portraits qui suivent sont l'oeuvre du photographe Misha Domozhilov ( domozhilov.com/) et ont été réalisés au printemps 2014 à Donetsk et à Lougansk. On peut les voir, avec beaucoup d'autres, sur le très intéressant blog "L'Histoire est mon comptoir"...

























































samedi 20 juin 2015

The Selecter

Il est donc nécessaire d’encadrer plus rigoureusement la fête de la musique, ne serait-ce qu’en raison des débordements qu’elle provoque – l’an dernier, un malotru aviné s’est même permis de crier sous mes fenêtres jusqu’à deux heures du matin, et j’ai fini par y mettre fin moi-même en lui balançant plusieurs seaux d’eau froide, malgré les protestations de son public qui le prenait pour « le nouveau Dylan ».(...) La solution collectiste, une fois de plus, consiste tout simplement à restaurer l’ordre public par la sélection des plus aptes, en laissant de côté ceux qui ne se montrent pas dignes d’accéder à la culture. Trouvera-t-on le courage politique de la mettre en oeuvre ? Il est permis d’en douter.

Fernand Bloch-Ladurie - L'actualité

mercredi 17 juin 2015

Les Mamelouks

Uniforme reconstitué d'un Mamelouk

  Lors de la bataille de Waterloo, (18 juin 1815) l'armée française compte dans ses rangs un escadron de fiers cavaliers d'origine égyptienne, les Mamelouks...

Le vétéran Ducel vers 1850
Psychédélique avant l'heure
  Les effectifs de ces cavaliers égyptiens au service du sultan sont entretenus par des razzias périodiques d'enfants circassiens, arméniens ou caucasiens. Condamnés à la vie de caserne, les petits esclaves y reçoivent l' enseignement coranique ainsi qu'une solide formation de cavalier jusqu'au jour de leur intronisation. Le jeune homme cesse alors d'être esclave pour devenir un cavalier d'élite considéré et respecté. Vivants désormais en aristocrates, ils font régner l'ordre tout en semant volontiers le bazar à la cour. Il n'est pas rare qu'un mamelouk devienne un personnage important, un ministre ou un vizir voir qu'il tente de renverser le sultan. Avec le temps, ils multiplient les coups d'état et finissent par imposer au pays leur propre sultanat. Lorsque les Ottomans s'emparent de l'Egypte au début du XVIeme siècle, les mamelouks rescapés passent au service du gouverneur turc. Leur crédit finit de s'étioler lorsqu'on les voit à l'été 1798 incapables d'arrêter les troupes de Bonaparte déferlant aux pieds des pyramides.

   Mais ils portent beau et leur fougue impressionne le général français qui en prend un grand nombre à son service. Lorsqu'il se proclame empereur, Napoléon rattache l'escadron des mamelouks à la cavalerie de la garde impériale. Si l'uniforme aux couleurs vives varie énormément d'un cavalier à l'autre, mieux vaut ne pas s'en moquer. Un couple de parisiens qui s'esclaffait à la vue d'un officier est promptement refroidi à coup de pistolets.  Au fil du temps, les mamelouks garantis d'origine se font de plus en plus rares. Pour faire face aux pertes, le mamelouk d'extraction parisienne ou angevine fait son apparition. Mais il reste encore une quinzaine de "vrais mamelouks" dans les rangs de l'escadron présent à Waterloo.


   


vendredi 12 juin 2015

Soumission

   Voici une histoire qui donne envie de boire de l'alcool de figue et des grands crus, de fumer des clopes par cartouches et de relire Huysmans. Voici une ballade qui vous invite à remettre les pieds dans le Lot et plus précisément à Rocamadour car la Vierge y est si joliiie avec ses souliers verniiiis. Voici un livre sur la joie de festoyer entre amis alors que l'hiver vient ou plutôt "Winter is coming" dirait-on de nos jours. Voici un long poême dédié aux talents culinaires de la DCRI ainsi qu'un essai talentueux sur les grandeurs et misères des plans cul universitaires pendant le "cursus honorum". La vie en Faculté est vraiment bien rendue et force est de constater que plus grand monde ne s'y était penché avec un tel talent depuis "De la misère en milieu étudiant considérée sous ses aspects économique, politique, psychologique, sexuel et notamment intellectuel et de quelques moyens pour y remédier". La piètre consistance du flan médiatique, politique et culturel est démoulée avec une vigueur jouissive, Houellebecq rendant la moindre de nos personnalités électorales plus fictionnelle qu'un personnage de fiction. Il y a enfin une retraite foireuse dans un monastère qui vaut son pesant de deniers et un rappel très à propos d'une maxime de Khomeini: "Toute religion est politique".

dimanche 7 juin 2015

Et c'est au Bombshell, rue du Champgil (près de la cité judiciaire)

vendredi 29 mai 2015

Céne de Manager

   Le pouvoir du Management mondialisé, auquel il accorde la majuscule, ressemble beaucoup, aux yeux de Pierre Legendre, à celui de l'occident chrétien du Moyen-Age qui, fort de l'arme décisive que lui fournit le droit romain, construisit la certitude folle de son dominium mundi, de sa "propriété du monde". J'ai eu l'expérience directe de ce délire à Alger, en 1959. Plusieurs anciens étudiants catholiques de la Sorbonne s'y trouvaient affectés, généralement comme officiers. Nous étions en plein dominium mundi. Ces jeunes gens disciplinés apportaient la même ferveur légaliste, sèche et raisonneuse, à leur prosélytisme religieux et à leurs convictions politiques. Le monde leur appartenait deux fois. Ils en avaient le dominium catholique, ils en avaient le dominium occidental. Cette double charge les obligeait, quand il était question de la torture, à des contorsions casuistiques qui me semblaient parfois plus hideuses que les pires brutalités. La religion qu'ils prêchaient était un système idéologique bardé d'une rationalité glaciale. Plus encore que par le christianisme dont ils se voulaient les missionnaires, plus encore que par la puissance occidentale dont ils pensaient être les représentants, leur coeur semblait dominé par une soumission orgueilleuse à une force sévère, immarcescible, altière. Ils étaient encore des inquisiteurs, ils étaient déjà des managers. Je songe souvent à ces jeunes gens et ce souvenir me jette contre une infranchissable muraille. Est-ce donc cela, l'être humain ? Est-ce donc cela le christianisme ? Mais sur cette muraille, bizarrement, je me sens rebondir. Dans le marais moderne, je m'enlise.

Jean Sur- La révolution pointilliste.

jeudi 28 mai 2015



   Plus ça va, plus Marine Le Pen ressemble à une mauvaise doublure de Line Renaud dans un mélodrame de France 3. D'ici peu, elle sera prête à nous raconter l'enfance de Thierry Le Luron.

lundi 11 mai 2015

Beth




«C’est mon côté Liz Taylor dans Cléopâtre. Quand je serai vieille, je veux être comme elle à la fin de sa vie : énorme, gaga, dans un fauteuil roulant, à faire la tournée des bars gays, couverte de diamants, après avoir couché avec la moitié de la terre.» 
Beth Ditto


Cauchemar pavillonnaire

« Ce qui est fascinant dans le monde de l’entreprise, c’est que quasiment tout le monde y croit. Cette profonde adhésion à la fiction professionnelle va de pair avec ce mal contemporain qu’est la disparition de l’esprit critique. Un lent délitement collectif de la capacité à construire un discours critique qui est vraiment le propre de nos sociétés post-modernes. Je le constate quotidiennement : personne ne prend de distance, ni ne remet en cause ce qui est vu comme un état de nature indépassable.
Comme si c’était évident. Évident qu’il faille être performant, efficient. Que la fin justifie les moyens. Que l’intérêt de la direction et des actionnaires est plus important que celui des salariés. J’y vois une forme d’injonction paradoxale. Parce que par ailleurs, et de mille manières, dans le spectacle permanent du narcissisme et de l’égotisme, tout concourt à la conviction que mon intérêt individuel doit l’emporter, quoi qu’il en coûte ’’aux autres’’. Après la parution du Cauchemar pavillonnaire, certains m’ont reproché ce qu’ils voyaient comme du mépris. Sur le mode : si les gens sont heureux ainsi, tu n’as pas le droit de gâcher leur bonheur. Comme si le bonheur était une catégorie intouchable, et qu’il était interdit d’y porter atteinte. C’est quelque chose qui ne signifie rien pour moi – il y a des tortionnaires très heureux, et des tueurs en série qui s’éclatent. Ça ne veut rien dire. Je ne vois qu’une chose : nous sommes englués dans une idéologie, et la justification de cette idéologie est portée par l’image du bonheur. Il s’agit simplement d’un artefact. Je comprends que ceux qui le vivent se persuadent qu’il s’agit du bonheur. Mais qu’on ne me demande pas de croire que le fait de devenir propriétaire d’un pavillon, d’une voiture de marque et d’enfants promis à un avenir d’ingénieurs soit la marque d’une vie réussie. »

Jean-Luc Debry-Article 11

lundi 4 mai 2015

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Anarchy In Saint-Pourçain !


Membres des Renseignements Généraux déguisés en Anarchistes devant une piscine autogérée
  Histoire de fêter le 1er Mai en beauté, les anarchistes viennent d'ouvrir un squat vers Saint-Pourçain-sur-Sioule. L'endroit bénéficie d'une belle surface tant en terrains qu'en bâtiments et s'apprête à accueillir pas mal de rock'n'roll dans les jours à venir. Pour en savoir plus, rendez-vous sur le blog anar63 : Communique de la CNT-AIT/63 : AVEC LE COLLECTIF DU 1e MAI, RENFORCONS LA LUTTE AUTONOME CONTRE LES PROJETS MEGALOS ! http://anarsixtrois.unblog.fr/2015/05/05/avec-le-collectif-du-1e-mai-renforcons-la-lutte-autonome-contre-les-projets-megalos/ 

samedi 25 avril 2015

Lise Topart

Lise Topart / photo: Boris Liptnitski
   Lise propose un jeu surprenant dans le cinéma français de l'immédiat après-guerre: il est sobre. Pas de cataclysmes, pas de minauderies. Dans "Les gosses mènent l'enquête", elle compose avec trois fois rien une Mariette extra-lucide et alitée. Un mouvement de menton, un clignement de cils et elle dompte la nuit, le brouillard et le vent. Dans "Sylvie et le fantôme" elle a tout juste le temps d'esquisser avec le même bonheur une gosse un peu hautaine qui se rêve perverse.  Un rien de variations, une mise au point au degré près. Elle travaille en astrologue les couleurs de ses personnages. Au tape à l'oeil, elle préfère le panorama mouvant. Elle ne se construit pas une arène où toréer le scénario comme le feraient Gabin ou Arletty, histoire d'en extirper un prodige. Non, elle laisse venir. Sa solide formation théâtrale lui permet d'explorer avec élégance les recoins marécageux infestés de crocodiles. Elle s'est surtout consacrée au théâtre mais si elle avait vécu assez longtemps, elle aurait pu tournebouler les bourgeois de Chabrol ou distraire Clouzot de ses créatures. Hélas,  elle n'en aura pas le loisir. Un crash aérien nous l'enlève au printemps 52. Et il n'est pas très sur que les réalisateurs français gavés de "Comédie Humaine" aient fait appel à une comédienne privilégiant les rythmes océaniques.

   

Sauvetage En Centre-Ville

L'exercice demande la plus grande concentration
  Une fois de plus, nous avons oeuvré au bien public en plein centre-ville.  Le patron d'un trocson avait inconsidérément signé "la charte de la qualité nocturne". Depuis cette funeste signature, son bouiboui ne franchissait plus le seuil des quinze décibels. Grâce à un solide rituel Apache, les Kokomo's et les Khukuri ont sauvé le pauvre homme et son commerce.



Le public au climax du rituel
Mission réussie !

lundi 20 avril 2015

Rock'n'roll

    " Personne ne demande qu'on détruise la Coopé, mais qu'elle fasse son boulot!  
      Son boulot, oui, ce qui n'a rien à voir avec les fantasmes de puissance des gens qui tournent autour ou dedans, et malheureusement, on les entend partout tout le temps, et on s'en fatigue et on somnole un peu parce que ces discours sont emmerdants et puis un jour, on se réveille en sursaut et on dit carrément : on s'en fout d'être des stars, on s'en fout d'en faire notre métier, on s'en fout de maîtriser le sujet et toute la technologie ; on joue là où les gens ont besoin que quelqu'un joue, pas dans les salles où, au contraire, on doit convoquer le public ; on ne joue pas parce qu'on a quelque chose d'extraordinaire à dire, mais parce qu'il faut que quelqu'un s'y colle, et aussi parce que c'est agréable ; c'est agréable aussi de boire, de fumer, de se mettre hors de soi tant pis si le prix à payer est de se prendre une baffe - généralement ça n'arrive pas. On déteste ces discours qui disent : il faut du temps, il faut du travail, il faut du capital, il faut de la maîtrise, il y a des grands et il y a des petits. Peut-être qu'il y a tout ça, sans doute, il y a tout ça, mais ce qui ne va pas, c'est que ces discours servent surtout à dire : vous avez besoin de nous. ça c'est faux."

Colas Grollemund  La Dispute avec la Coopé

mercredi 8 avril 2015

Le Bruit et le Silence

   J'ai tendance à croire que la fabuleuse universalité d'Yves Saint Laurent vient d'une disposition religieuse à acceuillir le réel, qu'il soit celui que les hommes ont bâti, celui des temples du Nil, ou qu'il soit celui qu'ils n'ont pas bâti, celui de la forêt de Telemark, celui des fonds des mers ou celui des pommiers en fleur. Lui, Yves Saint Laurent, il ne fait pas de différence essentielle entre les choses bâties par les hommes et celles bâties par les dieux. Au contraire de les sérier, lui les met ensemble, il les rassemble. Par exemple une robe et un désert, il les met ensemble. Il fait une robe, il met une femme dans cette robe et le tout il le met au milieu des sables du désert. Il se produit l'éclatement d'une évidence éblouissante comme si le désert avait attendu la robe. Et que cette robe-ci était bien celle qu'il fallait au désert.

Marguerite Duras Le Monde Extérieur

jeudi 26 mars 2015

D'Allemagne

   Le mouvement national-socialiste - car les chefs considèrent, avec raison, le terme de mouvement populaire comme préférable à celui de parti - est composé, comme il résulte de son essence même, des intellectuels, d'une large masse de petits-bourgeois, d'employés de bureau et de paysans et d'une partie des chômeurs ; mais, parmi ces derniers, beaucoup sont attirés surtout par le logement, la nourriture et l'argent qu'ils trouvent dans les troupes d'assaut.
le lien entre ces éléments si divers est constitué moins par un système d'idées que par un ensemble de sentiments confus, appuyés par une propagande incohérente. On promet aux campagnes de hauts prix de vente, aux villes la vie à bon marché. Les jeunes gens romanesques sont attirés par des perspectives de luttes, de dévouement, de sacrifice ; les brutes par la certitude de pouvoir un jour massacrer à volonté.
   Une certaine unité est néanmoins assurée en apparence par le fanatisme nationaliste, que nourrit, chez les petits-bourgeois, un vif regret à l'égard de l'union sacrée d'autrefois, baptisée "socialisme du front".

Simone Weil - Ecrits sur l'Allemagne 1932-1933

mercredi 18 février 2015

British Sniper

La sortie du film de Clint Eastwood sur le sniper Kris Kyle m'a remis en mémoire un texte écris voilà déjà un petit moment. C'est un dialogue entre un vétéran de Waterloo et un type qu'on  imagine être procureur...





Vous serviez dans quelle unité?
Les rifles. Le régiment d'Essex. On avait les meilleures armes.

C'était une unité d'élite?
Je suppose qu'on dirait ça aujourd'hui.

Beaucoup de tireurs d'élite nous disent que les visages de leur victimes ne les quittent plus.
Je ne sais pas pour les autres. Pour moi, ça n'a jamais été le cas.

Vous ne vous souvenez d'aucun visage ?
Sauf votre respect, m'sieur, y'en a eu tellement... p'têt un officier. Il encourageait ses hommes à avancer. Et puis il nous a vu. Il portait des moustaches tombantes. Son uniforme était tout déteint par l'eau. Il nous a vu, il s'est dit « merde! ». Un brave type qui faisait son boulot.

Tout comme vous?
Exactement.

Vous ne buvez pas?
Jamais m'sieur. Même aujourd'hui, pas d'excitant. Un peu de café, le plus souvent de l'orge grillé.

Que ressentiez vous au moment de tuer ces hommes?
Un grand calme. Il faut être tout à son affaire à ce moment là.

Beaucoup des hommes que vous avez tué devaient avoir une famille, des enfants?
Oh très certainement, m'sieur. Mais si on tenait à ses enfants, il était bien facile de quitter un champ de bataille. Le nombre de types que j'ai vu déguerpir. Vraiment, c'était facile de foutre le camp. J'ai même vu un régiment entier foutre le camp. Les hussards de je-ne-sais-plus-quoi. Ils ont tous tourné brides au moment de charger. Nos officiers étaient durs. Mais vous savez, entre les mouvements de panique et la fumée, t'as toujours moyen de tourner les talons.

Et vous même, n'avez vous jamais été tenté par la désertion?
Non.

Vous n'avez aucun sentiment de culpabilité?
Pourquoi ça ? Je n'ai laissé personne unijambiste ou rongé par la gangrène. Ou avec la moitié de la gueule emportée.

Vous avez des enfants?
Non

Vous auriez aimé en avoir?
Je ne sais pas. L'occasion ne s'est pas présentée. Remarquez que j'en côtoie souvent. Dans mon métier de colporteur, les enfants sont les premiers à venir me voir.

Vous leur racontez votre passé de soldat?
Des fois, oui.

Que leur dites vous?
Vous savez, les enfants voient la guerre comme un jeu. Moi, je leur dis que si ils veulent être soldats et bien il faut être un rifle man. Il faut être calme et patient. Même plus que ça. Ce n'est pas facile d'être un rifle man. Pour ceux qui aiment les canassons et bien rien ne vaut la lance. Pas grand-chose ne peut arrêter un bon lancier. A part un bon rifle man.

Vous aimez les chevaux?
Non. Je les ai toujours craint.

Savez vous lire?
Oui, m'sieur. Ma mère m'a appris à lire.

Comment était votre mère?
Elle était comme bien des mères je suppose.

C'est à dire?
Courageuse, drôle, aimante.

Vos parents s'entendaient bien?
Je puis dire que mes parents s'aimaient. Véritablement.

Votre père était militaire?
Pas du tout. Mon père était maître-ouvrier-charpentier sur les chantiers navals. Et il n'avait pas une grande estime pour les militaires.

Et il vous a laissé vous engager?
Je me suis engagé après la mort de mon père. Il est mort pendant la grande épidémie de choléra.

Vous vous êtes donc engagé par nécessité?
Pas vraiment. J'ai laissé tomber l'imprimeur chez qui je travaillais et je me suis engagé dans le régiment d'Essex.

Et votre mère ?
Entretemps ma mère s'était remariée. Avec un ami de mon père. Un brave homme que je connaissais depuis longtemps et que j'aimais bien. Je pouvais donc partir l'esprit tranquille, ma mère ne manquerait de rien.

Vous me semblez être quelqu'un d'assez solitaire, peu fait pour supporter la caste des officiers. Je me trompe?
Y'a du vrai dans ce que vous dites.

Alors, qu'alliez vous faire dans un régiment?
J'allais apprendre à désobéir.

A désobéir?!
Oui. A mon estomac, à mes pieds, à ma peur. Aux maisons dont on arrache les portes et les volets pour faire du feu. Au mourant dont on arrache les bottes, le froc, la montre ou quelques pièces. En Belgique, après l'affaire des Quatre-Bras il y avait tant de cadavres que notre artillerie roulait dessus allègrement. Ils se soulevaient sous les roues des canons comme pour nous saluer avant de retomber dans la boue. Nous leur rendions leur salut en leur souhaitant la bonne nuit. Ce n'était pas très malin, je l'avoue...

Sans doute y avait il des mourants dans le tas?
Il y avait de tout, oui. Et même des gars de chez nous qu'on n'avait pas pris la peine de relever...

Racontez vous cette scène aux enfants?
Pour qui me prenez vous?

Que trouve-t-on dans votre hotte de colporteur ?
Des images édifiantes. Les naufrages célèbres. Des petites histoires bon marché, des remèdes, du fil à coudre...

Avez vous une histoire préférée parmi celles que vous proposez?
Oui, celle du Prince Noir.

De quoi traite ce livre?
C'est l'histoire d'une gamine qui sauve un cheval de la boucherie. Pourtant, je n'aime pas les chevaux. Mais elle est belle cette histoire. La gamine baptise le cheval « Prince noir » et ils se mettent à gagner des prix. J'aime proposer ce livre aux enfants. Mais y'a des grandes personnes qui l'aiment bien aussi.

Vendez-vous des récits de crimes?
Oh oui! Ça, ça marche bien.

Que pensez vous des criminels dont vous vendez l'histoire?
Tout dépend. Faut voir au cas par cas. C'est bien pour cela qu'il y a des juges et des tribunaux. Ceux qui s'en prennent à des enfants, à des vieilles gens, ceux là ne méritent pas de vivre.
L'armée dans laquelle vous serviez a fait périr des enfants et des vieilles gens comme vous dites...
sans doute. Mais en tout cas, pas par volonté. Un obus, ça tombe où ça peut. Surement qu'un jour, on saura mieux les guider et on évitera tout ces drames.

Une guerre propre en somme?
Mais c'est ce que j'ai fais.

Une guerre calme...
...
Seriez vous capable de tuer quelqu'un aujourd'hui?
Bien malin qui peut répondre à cette question par oui ou par non. Je n'en sais rien. En tout cas, je n'ai jamais tué personne sur un coup de tête.

Vous avez toujours tué votre prochain calmement...
Vous même,  avez vous déjà tué ?

Jamais !
Et ça ne vous manque pas ?

Mon Dieu non !
Des fois moi si. Ce grand calme crucial. Vous sentez votre sang circuler dans vos veines. Vous êtes tout à votre affaire. Comme si le monde entier se concentrait dans votre œil.

Voulez vous dire que vous n'êtes jamais si vivant que lorsque vous tuez ?
C'est une phrase trop savante pour moi, m'sieur...
Mais, à bien y réfléchir, il se peut qu'il y'ait de ça.

Et ça ne vous semble pas inquiétant?
Ce que je faisais, je l'ai toujours fait à la vue de tout le monde. Et ça ne semblait pas inquiéter mes chefs. Pas plus mes officiers que le Duc ou le roi Georges. Et ils sont sensé savoir ce qu'ils font ces gens là et savoir qui ils emploient, pas vrai? Tenez, en Belgique, j'ai vu le Duc prier. Il paraît qu'il a pleuré tout ce qu'il a pu en entendant les noms de ses amis morts au combat. Il avait des sentiments cet homme, non?

Monsieur Huxley, nous ne sommes pas ici pour parler du Duc ou du défunt roi mais de vous!
Mais comprenez bien que sans ces deux là, je n'aurai peut être jamais tué personne! Ce n'est pas moi qui versait la solde aux régiments! Ce n'est pas moi qui ait inventé la poudre, ni payé les canons!

Si je comprend bien, malgré votre appétit à tuer, vous n'avez pris aucune part à la brutalité du monde ?!
La belle affaire! Me dire ça ici et maintenant! L'ai-je seulement créé le monde? J'aurais peut être apprécié qu'une voix céleste vienne me dire: « tu fais fausse route, mon garçon! ». Mais je n'ai jamais rien entendu de tel!

Pas même la voix de votre père?
Laissez mon père en dehors de ça !

Pourtant vous risquez fort de le croiser ici...

alors?
Je verrais bien ce qu'il me dira. Il me demandera des nouvelles de ma mère. Mais certainement pas des comptes sur ce que j'ai pu faire ou ne pas faire...

Croyez vous en Dieu, monsieur Huxley?
Je suis bien obligé, maintenant...

Très bien, alors entrez, je vous en prie.









mardi 13 janvier 2015

La seule contribution sérieuse que l’Occident puisse apporter à la paix, le seul antidote possible aux « mélanges vicieux » qui l’empoisonnent en empoisonnant tous les autres, c’est de mettre cul par-dessus tête l’ensemble de ses représentations du monde. Les autres aussi ont beaucoup à faire pour contribuer à ce chantier ? Certes ! Mais c’est à eux de savoir quoi, pas à nous. 

Jean Sur