vendredi 13 avril 2012

Mélenchon


  j'ai regardé sur Youtioube le discours de Mélenchon en visite à Clermont...

  Ce qui m'a le plus frappé c'est la joie de l'orateur d'être là et des audit(rices)eurs d'être venu(e)s. Mélenchon me semble éprouver un bonheur enfantin d'être au milieu des autres. Comme lorsqu'on retrouve ses copines et copains de classe pour la première récré de rentrée. Ce qui fait sa force, ce n'est pas seulement le talent rhétorique de l'ancien sénateur, mais surtout la présence de l'enfant Mélenchon qui ne semble jamais bien loin, toujours prêt à proposer une découverte exaltante à ses camarades. Dans le fond, Mélenchon c'est un super délégué de classe. Que le chauffage tarde à venir dans le petit internat frigorifié et Jean-Luc, comme à chaque rentrée, ira trouver le provo. Et huit fois sur dix le chauffage survient avant que les terminales n'aient eu le temps de mettre la zizanie dans l'établissement. Et cela avec une telle réussite que les grands redoublants finissent par le regarder comme un fayot. C'est peut être injuste. Mais c'est humain.

  Son chef d'oeuvre, incontestablement, c'est la règle verte. La façon dont il vous démonte les plans d'austérité et l'adoption de la règle d'or au profit de la règle verte est une merveille de précision. Au point qu'il en arrive à enthousiasmer dix milles personnes à l'idée de donner quarante années de leur vie pour mille sept cents euros par mois, ces mêmes personnes ayant appris entre-temps à se passer d'une voiture de luxe. Nous touchons là, à mon avis, au point critique de cet homme sensible et intelligent. Certes, c'est un tour de force d'avoir su redonner vie au poster de Jaurès. C'est presque incroyable d'avoir emmener des communistes productivistes vers des préoccupations écologiques. C'est merveilleux de redonner sens à l'assemblée des personnes humaines. Mais Jean-Luc, un effort reste à faire pour ce dernier trimestre. Et mille sept cents euros par mois n'y suffiront pas.

   Car l'humanité n'en peut plus du salariat. Elle n'en peut plus de la hiérarchie. Elle est même précisément en train d'en crever. Elle en étouffe et parfois même s'en immole. Vouloir une énième république sans vouloir dépasser le salariat ne sert à rien. Vouloir vaincre le capitalisme sans abolir le salariat reviens à vouloir vaincre le tétanos en terrain putride. Car le salariat est une horreur qui ne libère que l'actionnaire. Et qui condamne chaque jour d'avantage le salarié  à des taches de plus en plus absurdes dans un climat général de survie. Le salariat est le meilleur ennemi du travail, de l'égalité, de la fraternité, du temps concédé à chacun(e) sur cette planète. Le salariat est la soumission à n'importe quel prix, du plus modique au plus scandaleux. C'est l'autre nom de la prostitution. Le nom usuel que chacun est forcé d'articuler sans honte de Paris à Pékin. C'est "l'empoi", comme le dit si bien Sarkozy. Bien sur, il se trouvera toujours des "fourmis besogneuses" (comme aiment à se définir certains communistes) pour me jeter à la figure en guise de fierté la longue litanie des luttes salariales. Primo : les fourmis ne besognent pas. Elles vont au plus juste, au plus simple. Jamais une fourmi de trop pour transporter le cadavre d'un papillon. Secundo : c'est sur cette reconduction de luttes désespérantes pour un salariat affublé de quelques semaines de congés que ces apparatchiks de "l'empoi" ( leaders syndicaux, députés, sénateurs et j'en passe) prospèrent depuis un siècle et demi. Et je crains fort, hélas, que le talent de Mélenchon ne serve qu'à réanimer ces pourvoyeurs de survie.

   Mais l'insurrection, effectivement, vient. Et il n'est pas certain que Mélenchon puisse y jouer le rôle de Mirabeau. Encore moins celui de Robespierre. Nous ne sommes plus au temps où la France exportait les Droits de l'Homme flambant neufs de ses industrieux bourgeois au rythme des pieds nus de ses paysans-soldats. Aujourd'hui, la vieille souveraineté occidentale s'étiole, se replie, se communautarise, se trouve des spécialistes en conspirations et des mitrailleurs d'enfants comme Breivik ou Merah. Mais rien n'y fait. La soumission à "l'horreur économique" reste chez nous entière. Notre seule crainte est que des despotes russe ou chinois nous battent à notre propre jeu. A vrai dire, se vengent des jours radieux où nous dévorions à belles dents la galette coloniale aux portes de la Cité Interdite. L'impérialisme brutal, patriarcal et raciste gangrène la planète.

Si nous n'abandonnons pas le capitalisme qu'allons nous devenir ?

6 commentaires:

  1. Ce qui m’intéresse chez Mélenchon, ce n’est pas Mélenchon. C’est plutôt ce mouvement, ce soutien populaire dont sa candidature est le catalyseur. Certes, son propos est imparfait, révèle ses manques et ses faiblesses ; et je te rejoins en grande partie sur ceux que tu soulignes (l’image de la fourmi est très bien vue !). Mais on ne peut tout de même pas le réduire à la règle verte qui soulève les masses prêtes à sacrifier leur vie pour 1700 euros par mois ! Son discours (qui est celui d’un candidat à l’élection présidentiel, non d’un théoricien du mieux vivre) est pensé, structuré et ramène du politique là où il n’y en avait plus depuis longtemps, c’est-à-dire dans la sphère médiatico-politicienne habituelle – dont il fait assurément partie.

    Perso, je ne saurais dire si l’insurrection vient ou non. Mais, et quoi qu’il advienne par la suite, il me semble que cette poussée populaire et ce mouvement de gauche anti-libéral (ce devrait être un pléonasme !) est un événement non négligeable ; et qui vaut surtout par son affirmation.

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  2. quand je parle d'insurrection, et j'aurai du le préciser, je ne pense pas qu'au seul prolétariat européen. Je pense au retour de flamme que nous sommes ne train de vivre via les bourgeoisies montantes des pays "émergents" qui exploitent leur propres prolétaires. L'ancien tiers monde est devenu le tiers état mondial et présente la petite note aux seigneurs du château occidental.Oh je ne les blâme pas ! ce n'est que juste retour des choses !
    tu as raison, le discours de Mélenchon est pensé, structuré. Mais je le trouve incomplet. Peut-il en être autrement d'ailleurs lorsqu'il doit composer avec l'appareil du Parti Communiste dont l'extrême sollicitude en tout temps pour tout ce qui de près ou de loin ressemble à l'émancipation des humains est bien connue ?
    si l'on veut sortir de la logique marchande, il me semble inévitable d'en finir avec le salariat pour expérimenter des modes de rétributions nouveaux. C'est la clef de voute en même temps que le grand tabou. Peut être Mélenchon en parle -t-il ? mais je n'ai rien entendu, ni rien lu de tel.

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    1. C’est illusoire d’attendre d’un candidat en campagne qu’il parle de sortie du salariat. C’est ce que je veux dire quand j’écris que son discours est celui « d’un candidat à l’élection présidentielle, non d’un théoricien du mieux vivre » : dans l’état actuel des choses, il serait absolument suicidaire pour un candidat à la présidence de parler de sortie du salariat ! Le jour où ce genre de propos sera dans la bouche d’un candidat, où l’un d’eux parlera d’abolition du salariat ou du revenu universel (certains l’ont évoqué, mais du bout des lèvres, moins par conviction que pour prendre la température et voir s’il y aurait là moyen de tenter « un coup ») c’est qu’un sacré bout de chemin aura déjà été fait – ce n’est pas parce que les politiques en parlent que les conditions pour que quelque chose arrive sont réunies, mais c’est parce que les conditions sont réunies que les politiques en parlent. Au bilan, ils n’impulsent pas grand-chose, et leurs partis pris dépendent pour beaucoup de l’air du temps. Mélenchon est un homme politique, et ce que tu attends de lui, dans ces circonstances, me semble hors de propos. C’est pourquoi ce qui m’intéresse le concerne moins lui que l’élan populaire qu’il cristallise ; qui fait lui-même écho à d’autres mouvements, visibles ou souterrains, peut-être susceptibles de faire un jour bouger les lignes.

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  3. rassure toi : je n'attends rien de lui. Je veux dire rien de bon hormis freiner ou tenter de guider vers sa sixième république les mouvements visibles ou souterrains dont tu parles. Mais si, un jour, s'assemble une assemblée constituante en France, crois bien que j'en serai. Près de la porte, sous les tables, sur une chaise peu importe mais j'en serai.Quelque soit l'heure d'ouverture des portes, dussé-je prendre l'avion ou franchir des cordons de troupes, j'en serai. Dussé-je périr à la tâche ou me priver de granolas, j'en serai.

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    1. « Dussé-je périr à la tâche ou me priver de granolas, j'en serai. »

      Te priver de Granolas ? Ton sens du sacrifice t’honore !

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    2. ah mais moi mon modèle c'est Gandhi !

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