dimanche 1 janvier 2012

Le Lion Rouge

    Le quatorze juillet dernier j'ai regardé le défilé militaire sur la chaîne gouvernementale France 2. Celui ci était commenté par Marie Drucker et par un officier supérieur du service de communication des armées. A un moment, je ne sais plus de quoi Marie papotait avec l'officier, mais celui ci a eu cette répartie étonnante : "vous savez Marie, Trotsky disait toujours : si vous n'aimez pas la guerre, la guerre elle vous aime !". C'est dingue ce qu'on peut dire sur une chaîne gouvernementale. Cette même journée, Eva Joly rappelait qu'il est plus drôle d'organiser une fête, même nationale, avec un défilé d'enfants plutôt que de convoquer des centaines de militaires professionnels et leurs engins cracheurs d'uranium appauvri. Moi, je n'aime pas la guerre et j'espère bien que la guerre ne m'aime pas. En guise d'étrennes je vous donne à lire un texte que j'ai écris voici quelques mois.

    "Courage ! Ce soir, on couche en ville !". Des acclamations de part et d'autres de la charrette. Il est là et il faut que les hommes le sachent. Il est à son aise, il est dans le cyclone. Au milieu des troupes, des canons, des carrioles, du bétail et de la boue. Peu importe qu'on campe dans Bruxelles ce soir ou demain. On campera dans ce qu'il en restera et puis on foncera ailleurs. Et encore ailleurs. Maréchal de France depuis onze années, il vit comme un nomade. Se poser ou bouger ? il n'a jamais voulu choisir. L'empereur et ses guerres choisissent pour lui. Des viols, des rapines, du saccage. Des corvées de bois, des gueules sans mâchoires. Et puis les chevaux qu'on prend le temps de caresser. Eux, ils n'ont pas demandé à être là. Et puis la mort, partout, toujours. On marche dessus, on roule dessus, on la boit, on la bouffe, on la sent. Il faut avoir vu les pièces de douze aboyer sur les villes pour bien comprendre tout le mépris impérial. Autrefois, sous les lambris du palais, la possibilité d'une gloire lui permettait d'avaler des sorbets. Mais c'est fini. Il est revenu à l'essentiel et il le sait. Il le sait aussi bien que cette cohue qui patauge dans la fange sous ses yeux. On a trop dit que le soldat était stupide et obéissant. C'est lui faire trop d'honneur. C'est bien mal le connaître. Ses soldats désobéissent constamment. Ils désobéissent aux villes, aux chaumières paisibles, aux cris d'enfants, aux femmes qui voudraient être considérées comme autre chose qu'un cul. Et puis il y a l'élite qui vous dégomme n'importe quoi sans ciller. Calmement. Avec application.

    "Ça va marcher voilà le Rougeaud ! Le Rougeaud est là !". C'est lui, Ney dit le Lion Rouge. L'une des têtes de cette hydre. L'un de ceux qui ont réappris la désobéissance et le mouvement à ces milliers de paysans. Non, tu ne rentreras pas pour la moisson, tu la piétineras ! Tu ne paieras plus de loyer, tout est à nous ! Partout ! En tout temps ! Troque ta patience de bouseux pour celle du rapace ! Et pour bien rappeler la maxime, les aigles marchent devant, dorées et couvées du regard. Les principes révolutionnaires ? Des proclamations faites pour terroriser les vieux ambassadeurs. Rien ne vaut l'exercice pratique, la « vertu » comme le disait si bien Robespierre. Ce vieux ressemble à ton père ? Tue le ! Celle là à ta fille ? Viole là ! Comme on ne peut pas toujours détruire les clans et leurs coutumes chez soi, autant apprendre à le faire ailleurs. Après une telle cure, la plupart des rescapés n'aspirera plus qu'à une chose : la respectabilité. Une belle invention, la respectabilité. Grâce à elle, on a le calme pendant quelques temps et puis cela recommence. Ceux qui voient autre chose dans la Révolution sont des cons, des chrétiens ou des jean-foutre. La première chose qu'il sait le Rougeaud, c'est que le feu tue ! Il caracole devant la mitraille depuis vingt ans. Et c'est pour cette raison qu'il est Maréchal d'Empire. La seconde, c'est que l'homme est fait pour la chasse et la rapine. Par pour les moissons. Pour lui, vouloir se fixer quelque part est une idée de vieux ou de parturiente. Bien sur, il aime la voix, les épaules et les seins d'Aglaé. Mais comme il a aimé d'autres voix, d'autres épaules.
Décidément, aujourd'hui il le sait : il n'aime que le cyclone.


1 commentaire:

  1. il aurait fallu envoyer Marie Drucker à l'armée tiens , régiment de la BCA de Varennes sur Allier , avec des manœuvres dans la plaine de la forterre , la vraie vie quoi !!!

    RépondreSupprimer