mercredi 7 novembre 2012

"Vigiles et Clientèles ", fiche technique...



photo Nicolas Anglade 2012

A la demande de nombreux fans de par le monde ( dont deux soeurs jumelles du Barhein ) nous publions les crédits du nouveau disque d'Elvis Leaderprice...

les titres
o1 - Classe Ouvrière ( texte et musique Elvis Leaderprice)
o2 - De l'un à l'autre ( texte de Jean Sénac/ musique Elvis Leaderprice)
o3 - Manolo Manolete ( texte d'Etienne Roda-Gil et musique de Franck Langolff)
o4 - Winter is coming ( texte et musique Elvis Leaderprice)
o5 - The war of the roses ( texte et musique Elvis Leaderprice)
o6 - Jérome Kerviel ( texte et musique Elvis leaderprice)
o7 - As tears go by ( Keith Richard et Mick Jagger)
o8 - La ballade de Lison et d'Alex ( texte Lison et Alex/musique Elvis Leaderprice)
o9 - Les vacances ( texte et musique Elvis Leaderprice)
10 - Et vous trouvez ça normal ? ( musique Elvis Leaderprice)
11 - La prochaine fois ( texte d'Elvis Leaderprice sur un extrait du Canon de Pachelbel)
12 - Treat her nice ( texte et musique d'Elvis Leaderprice)

     "Manolo Manolete" est le deuxième quarante-cinq tours de Vanessa Paradis, un hommage au toréador Manolete.
     "As tears go by" est une chanson des Rolling Stones qui fut reprise par Marianne Faithfull et devint le premier succès de la belle.

     Jean-Seb Kokomo joue de la guitare sur "The War of the Roses" et Mélanie Nelson chante sur "As tears go by"

      Jean Sénac est un poète algérien auteur du slogan " il n'y a pas de révolution sans amour". On lui doit entre autres les recueils "Matinales de mon peuple" (1961), "Citoyens de beauté" (1967), "Les désordres" (1972) ainsi qu'un recueil posthume "Dérisions et vertige" (1983). Longtemps animateur d'une émission de poésie sur Radio Alger, il avait pour habitude de lire en direct les poèmes postés par les auditeurs. Il meurt assassiné à Alger en 1973.

      Lison et Alex sont deux jeunes poètes qui m'ont offert une ballade.

     Le disque a été enregistré entre juin et septembre, avec d'ultimes retouches quelques jours avant le concert au Baraka. Le premier titre que j'ai mis en boite fut l'instrumental "Et vous trouvez ça normal ?", suivi d' "As tears go by". Mel Nelson enregistra la partie vocale en deux prises pendant l'été. "Les vacances" est une chanson automatique : j'ai d'abord enregistré les choeurs puis le texte m'est venu d'un coup en chantant par dessus.  "Winter is coming" et "La prochaine fois" m'ont été inspirées par la série  TV "Game of Thrones" que Samir m'a fait découvrir pendant les vacances. "Jérome Kerviel" était à l'origine la chanson la plus courte du disque. Cyril m'a suggéré de l'allonger car pour lui la chanson était une bonne intro qui réclamait une suite. Elle a donc fini par devenir la chanson la plus longue du programme. Et maintenant, j'ai envie de la poster à Jérome Kerviel. Mais je n'ai pas son adresse et comme je le devine dans une passe financière délicate, je crains fort qu'il ne me fasse des soucis judiciaires. Oh lala ! je les connais les golden boys : je les chante. Ce sont des tristesses incurables qui se forgent des armures d'or ! Ceci dit, il en a peut être ras le cul des procédures. Et puis la chanson ne lui est pas défavorable, bien au contraire : j'ai chanté Kerviel un peu comme Sardou chantait "Le France". Bon, là, je m'égare..."The war of the roses" est issue des sessions de "AAA". J'ai refait les voix avec mon nouveau micro-chant et Jean-Seb est venu enregistrer une partie de guitare qu'il avait préparée chez lui. Quant à "Manolo Manolete" c'est une chanson que j'ai aimé dès sa sortie, vers 1987 juste après le raz de marée de "Joe le taxi". Qu'une ado chante une chanson sur Manolete, figure tutélaire de la tauromachie, ça m'avait laissé baba. Y'avait une telle mélancolie dans la voix de Vanessa ! En l'écoutant, on croyait toucher les vieilles dentelles, l'ombre du vent, revivre l'épopée du prolo Manolo qui descend affronter la Mort sous les yeux du boucher Franco. Je pense que c'est sa meilleure chanson. Dommage qu'elle ne la chante plus.

samedi 20 octobre 2012

Le nouveau Leaderprice naîtra le 2 novembre

Il s'intitule "Vigiles et Clientèles "...

 On y retrouve douze chansons et tout ce qui fait la grandeur de la maison : poésie automatique et musique initiatique selon les préceptes de Sheik Mohamad Al Tuni, le grand maître soufi; new-wave frigorifique garantie London 79/80; thèmes immémoriaux : le travail, la famille et la patrie. Enfin cinq invités de prestige : Mel Nelson qui pose sa voix angélique sur une reprise de Marianne Faithfull ( As tears go by) et Jean Seb Kokomo qui magnifie d'un revers de Fender mon anglais frustre ( the War of the Roses). Lison et Alex qui doivent totaliser seize ans à eux deux m'ont fourni un très beau texte ( la ballade de Lison et d'Alex), ainsi que le poète Jean Sénac ( la Malédiction).

 l'entièreté de l'oeuvre sera livrée à la foule le deux novembre prochain chez Kat et Nono au Baraka.

Avé !

mardi 4 septembre 2012

C'est mon choix d'être un requin !

J'ai bien connu Jean-Luc Delarue, il m'a gâché un baptême...

 Z'avez vu ça, bande de sagaces, la télé profite de ses morts pour se re-sacraliser. Bye bye le baiseur compulsif videur de malotrus et le multivitaminé au speedball. Bonjour Bienheureux Michel Polack et Saint Jean-Luc de "ça se discute". Ah la la ! La Mère Téloche et ses maquereaux, c'est tout un conte !

 J'ai pas eu le temps de bien connaître la télé gaullienne mais c'était déjà très bien : parait que les gens mettaient leurs habits du dimanche quand Le Général y causait. C'était clair et net, c'était l' Office de la Radio et Télévision Française. L'ORTF. C'était une époque encore pleine de mammouths ventripotents, de FFI en retraite et de tigres à dents de sabre. De prudes jeunes femmes cachaient leurs genoux en ânonnant les grandes lignes du trente millième épisode des "Rois Maudits". Le bon souvenir, c'est que la télé tombait souvent en panne : un orage, un peu de gel, un rien et "scouic" ! "C'est l'émetteur du Vilhain !" disait sobrement mon père. Faute de mieux, ma mère se mettait à nous raconter comment les boches avaient failli brûler sa petite ville. Mon père, comment il avait échappé à la guerre d'Algérie.

 Donc Delarue jean-Luc. Comme je vous disais, l'histrion m'a gâché un baptême. Une belle cérémonie de la fin des années disco. On en était au vacherin praliné-café lorsque mon voisin de table se mit à me vanter les qualités cathodiques de Delarue alors débutant. Il voyait en lui le héros d'une nouvelle téloche "plus soucieuse des attentes du téléspectateur !". Ah ! Comme je me révoltais ! J'en réveillais le bébé ! Tiens, il me semble encore m'entendre répondre :"Mais alors, monsieur, que direz vous de l'Abbé Pierre et de Jean-Luc Lahaye ?". Et voui. Il se trompait de Jean-Luc.

 Car c'est à ces deux zigs que nous devons le plus gros du paysage audiovisuel actuel. Tout vient de l'orphelin-chanteur et de son acolyte paradisiaque. Et tout y retourne. Il fallait voir leur abatage lorsqu'ils firent passer l'amère pilule de la rigueur socialiste sur fond de "Débarquez moi !". Au Temps Du Général, la télé n'était qu'un sergent de semaine. L'Abbé Pierre et Jean-Luc Lahaye en firent le bon docteur de la caserne. Celui qui comprend tout, qui tâte prurit et bubons. Là où Télé De Gaulle vilipendait, Télé Lahaye/Pierre noyait désormais dans les larmes. Ces deux là réinventèrent le baquet de Mesmer. Marier l'eau salée à l'électricité, fallait l'oser et ils l'ont fait. Deux baignades et le communisme s'éclipsa au profit du téléthon.

 Tout au plus peut on reconnaitre à Delarue et à ses multiples épigones d'avoir saupoudré le précipité d'un zeste de "c'est mon choix d'être un requin".

mardi 3 juillet 2012

Sarot, berger des mots


   Cyril C. Sarot, vous êtes le berger noctambule des mots. Quand le bourgeois s'endort, fatigué d'industrie et de vitesse, vous quittez votre étable pleine de petits mots à naître. Comme vous l'aimez votre troupeau ! Qu'une image soit un peu faible et vous la prenez sur vos épaules pour qu'elle puisse prospérer plus tard. Vous pourriez choir sous le poids car votre coeur a gelé, puis s'est réchauffé puis a regelé plus qu'à son tour. Mais votre caractère bannit toutes les pommades. Fi des peines : les dormeurs ne verront jamais que le Temps marche à vos cotés. De ce golem brutal que vous n'avez jamais cherché à dompter, vous vous êtes fait mieux qu'un allié : un ami. Alors il vaut mieux que les gens dorment car en ces temps de tweet effréné ce prodige ne serait pas compris. Et par dessus le marché obligataire, vous collez des photos de bicyclette ou de bonobo sur vos pochettes surprises ! Vous avez bien raison : à bicyclette, on ne doublera jamais la mort mais on aura le temps de la voir venir. Et le plus modeste des bonobos a compris la vie un peu plus intensément que ces deux vieux cons de Brel ou de Ferré.
   Tiens : vous, vous devriez être millionnaire. Mais je sais bien que vous vous en foutez ! Par contre, un jour, vous aurez une fille. Elle parlera de vous aux biographes. Elle leur dira : "Papa connaissait toutes les pirates, toutes les marquises. Et il n'était que berger..."


vendredi 29 juin 2012

Tatie Björk, directrice de colo...

Björk est de nouveau descendue dans les arènes de Nîmes. Loin de prendre la constellation du taureau par les cornes, la diva dissonante s'est contentée de deux ou trois passages de cape. Et puis hop! Au lit à vingt trois heures! A sa décharge, il faut dire que les ados de sa chorale sont en pleine période de croissance...

Du reste, heureusement qu'elle les avait les gamines de sa chorale sinon on était pas loin de la banqueroute islandaise : une voix un peu faiblarde, une balance pas terrible, une grosse couette de ses derniers morceaux que nous qualifierons d'"hypnotiques" par déférence, un public qui s'emmerdait un peu quand même et du coup pas mal de papotages dans la fosse durant un tour de chant avancé d'une heure. Et oui, la quarantaine c'est pas simple. Et cette année pour préserver sa voix des fraicheurs nocturnes, Björk démarre systématiquement avec une heure d'avance. Mais ces raisons médicales, je les ignorais à l'heure de voir la belle sorcière invoquer les mystères de l'Univers. Mais Björk en plein jour, c'est moins bien que Björk en pleine nuit.

Ceci dit, même avec une voix fragilisée et des mélopées peu faites pour des arènes, il faut reconnaitre que mémère demeure indétrônable. La moindre de ses vocalises vous passe sur le ventre et tout le reste n'est plus que pets de moucherons : les arènes, sa foule et ses myriades de vigiles, l'incroyable morbidité de l'industrie musicale... c'est bien la dernière fois qu'on me verra dans ce genre de show et ce genre d'endroit. Enfin... il faisait beau, les cigales chantaient et muaient par milliers et j'ai appris à monter et démonter la tente igloo aimablement prêtée par Nono. Quant à Nico et Ricou, ils étaient égaux à eux mêmes : leur admirable prestance face à la condition humaine vous ferait passer le naufrage du Titanic pour une impro de fin d'année.

Rien que pour ça, merci Tatie Björk !



lundi 25 juin 2012

Daphni, toujours en vie...

Daphni Leef et quatre vingts opposants au gouvernement Netanyaou ont été molestés Boulevard Rothschild par la police de Tel-Aviv...

    Tout commence l'été dernier lorsque Daphni, expulsée de son appartement, ne peut pas se reloger vu que les loyers ont plus que quintuplés en l'espace de deux ou trois ans. Cette jeune vidéaste lance alors un mouvement de protestation contre la politique libérale de Netanyaou. Au fil des jours, plus de quatre cents milles personnes la rejoignent dans les rues de Tel-Aviv puis occupent les artères chics de la capitale israélienne. Ces nouveaux communards mettent le doigt là où ça fait mal : si les écoles religieuses, les gros proprios et les colons continuent de bénéficier de confortables subventions, il n'en est pas de même pour le populo ordinaire. Un tantinet débordé par l'ampleur du mouvement, le gouvernement met en place une "commission en faveur du logement social". Bref, autant pisser dans un violon. Du coup, Daphni Leef et ses camarades replantent les tentes en ce début d'été 2012 dans les beaux quartiers. Mais cette fois ci, la police vient de débouler en force et Daphni a eu un bras cassé par les flics...

jeudi 14 juin 2012

Ne pas craindre la gelée

Il me revient une expression de mon enfance : " Ne pas craindre la gelée". Illustration par l'exemple...

Cette phrase joliment imagée s'utilisait surtout à propos de l'utilisation ou non d'un vêtement :
- " Si tu fais de la soudure met ton pull qui craint pas la gelée !"
- " Houla ! Si on va chez Tonton Nénesse, avec les chiens qui te sautent dessus, faudra mettre un pantalon qui craint pas la gelée !"

On pourrait l'actualiser ainsi : " Si tu veux voter, faut mettre ton cerveau qui craint pas la gelée !".

lundi 28 mai 2012

L'homme blanc selon Zemmour

Voici des années qu'Eric Zemmour vole au secours de l'homme blanc, cette victime oubliée de l'histoire humaine...

   Abusé sexuellement depuis des siècles par la femme noire ( et encore récemment dans un hôtel de New York ), déporté en masse sur des bateaux mouroirs, mitraillé dans son lit à l'aube par le Bureau Fédéral d'Investigation des Black Panthers, le calvaire de l'homme blanc serait tombé dans l'oubli sans le  travail de mémoire d'un courageux chroniqueur : Eric Zemmour. Sans ses chroniques, la mémoire de ces millions d'hommes blancs qui furent obligés de construire des écoles et des hôpitaux au Maghreb ou dans l'Afrique sub-saharienne, nous serait totalement inconnue. Et tandis que les populations d'Afrique bouffies de mauvais cholestérol se repaissent de l'argent du pétrole et des diamants, des hommes blancs sous alimentés continuent encore aujourd'hui d'installer des centaines de blocs opératoires flambant neufs au Burkina Faso. Mais la situation de l'homme blanc, véritable damné de la Terre, est-elle meilleure en Europe ? Que nenni !

  Chaque jour, des milliers d'hommes blancs périssent sous les coups de leurs compagnes. Quel homme blanc oserait sortir seul le soir ne serait ce que pour s'amuser un peu ? Chaque jour, l'homme blanc vivote dans cette Europe de femmes ministres, réalisatrices, actionnaires, générales d'armée, banquières, pilotes et propriétaires d'écuries de Formule 1. Bref, un monde d'exploiteuses en tout genre qui se réservent systématiquement les meilleures parts du gâteau.

   Si Zemmour est congédié de Radio Luxembourg et si Radio Paris ne l'embauche pas, alors le massacre de l'homme blanc pourra se perpétuer en toute impunité...

jeudi 24 mai 2012

Jan Ziska, Capitaine du Peuple

 Nous sommes au début du XVème au Royaume de Bohême, l'actuelle Tchécoslovaquie. Comme dans bon nombre de pays européens, les paysans se révoltent contre les seigneurs féodaux. Si la plupart des "Jacqueries" sont écrasées, les paysans tchèques vont trouver un conseiller militaire de premier ordre : un vieux chevalier borgne du nom de Jan Zizka ( prononcer Yan Jijka, "Jean le Borgne" ) ...

   Comme ses collègues du moment, le roi Wenceslas de Bohême mène grand train entouré qu'il est par ses chevaliers, ses prélats bedonnants et son inévitable légat du Pape. Même si le populo n'a pas grand chose dans l'écuelle, on veille à ce que les ouailles prient et paient l'impôt pour la bonne santé de Sa Sainteté. Or, il se trouve qu'un homme d'église nommé Jan Hus sème la zizanie dans les villes et les campagnes. Dans l'église où chacun se tasse entre la voisine et le petit bétail encore vivace, Jan Hus voue les grands seigneurs, les gros évêques et jusqu'à Sa Majesté aux flammes de l'enfer sous les rires et les vivats. Tout au long d'une tournée triomphale, il condamne la richesse sans frein de l'Eglise et de ses sbires. Jan Hus somme les chevaliers et les prélats de se rendre utiles à la chose publique en considérant d'un oeil neuf la notion de partage. L'affaire prend une telle tournure que le Pape s'inquiète et que notre apprenti-partageux est bientôt alpagué. Secoué comme un prunier, soumis à la torture, tout est mis en oeuvre pour que l'illuminé abjure ses folles idées. Non seulement l'homme n'abjure pas mais il en rajoute : et que le Seigneur a voulu la femme égale à l'homme ! Et que le roi, les seigneurs et les prélats ne sauraient parler au nom de Dieu ! Et patati et patata... l'horreur ! Bien vite, on le brûle en place publique. En croyant s'en débarrasser, les évêques viennent de signer leur propre condamnation à mort...

   C'est que l'église de Bohême est effectivement très riche. Et ce beau patrimoine fait saliver. D'une part la bourgeoisie des villes, d'autre part la noblesse provinciale désargentée. Dès qu'est connue la fin du courageux prophète socialisant, le tocsin résonne. Pas un bled où l'on ne s'assemble en réclamant justice pour le porte-parole de Dieu. En ville, des nobles haussent le ton et adressent au Pape une véhémente protestation. Quasiment une déclaration de guerre. A Prague même, les esprits s'échauffent à tel point qu'on passe par la fenêtre les représentants du Pape et pêle-mêle ceux du roi. Le pauvre Wenceslas en fait une crise cardiaque. Voici le royaume sans tête en pleine tempête ! Ni une ni deux, Sa Sainteté remplit d'or les poches de Sigismond ci-devant frère du roi défunt et le parachute sur Prague. A chaque époque, son parachutage malheureux... la petite noblesse crie au scandale tandis que la paysannerie monte avec femmes et enfants à l'assaut des papistes. Et voici des milliers de paysans devenus routiers et mettant la main sur leurs premières épées, lances, arbalètes et mêmes deux ou trois bombardes. Ils vont formé l'armée des partisans de Jan Hus, l'armée Hussite. Mais la réaction ne tarde pas. Sollicité et financé par le Vatican, Sigismond réunie une armada de chevaliers acquis à sa cause et de mercenaires âpres au gain. Un cartel de professionnels de la guerre qui ne doit faire qu'une bouchée des paysans et des nobliaux.
   Jan Zizka fait partie de cette petite noblesse qui ne roule pas sur l'or. Pour trouver sa pitance, ce vieux chevalier loue ses compétences militaires aux quatre coins de l'Europe orientale. Avec le temps, il s'est même spécialisé dans les causes perdues. Ainsi l'année 1410 le voit à la tête d'un détachement de cosaques lancé contre la meilleure cavalerie d'Europe : les Teutoniques, des moines-soldats prussiens qui font régner la terreur aux confins de la Pologne. Là aussi des bons amis du Pape. Contre toute attente, ces professionnels de la guerre vont être mis en pièces dans la plaine de Tannenberg par une coalition de paysans russes, d'archers tatars, de cavaliers polonais et de barons lituaniens. Sans oublier les cosaques de Zizka. Cavaliers de naissance, les cosaques savent éclairer la marche des armées slaves, semer le trouble sur les arrières des Teutoniques, utiliser mille ruses selon la configuration du terrain. A cette époque, ils ne sont pas si nombreux les chevaliers qui, comme Jan Zizka, ont à la fois l'expérience de la cavalerie lourde et d'une cavalerie légère méprisée par la noblesse. Plus que jamais la débrouille et les moyens du bord vont être l'alpha et l'oméga tactiques du vieux briscard. Lorsque la révolte éclate en Bohême, c'est tout naturellement que Zizka rallie les armées populaires. Mais tout n'est pas si simple : que faire de ces milliers de femmes, d'hommes et d'enfants qui ignorent tout de la guerre ? Ne vont-ils pas se débander à la première affaire ? A la différence des hommes d'armes de son temps, Zizka n'a pas de préjugés. Pour lui le courage n'a ni sexe, ni âge et il va donner à chacun(e) la possibilité de le démontrer.

   C'est dans cette optique que les Hussites vont construire des dizaines de chariots blindés. Chaque chariot abrite un équipage d'une vingtaine de personnes armées d'arbalètes, de faux recourbées en crochets géants, de canons à mains ou de frondes. Les chariots reliés entre eux constituent une forteresse ambulante qui s'assemble rapidement en carré ou en cercle. A i'intervalle de cinq chariots prennent place des canons dans une proportion inhabituelle pour l'époque. Une brigade de cavalerie complète le dispositif. Face aux lourds chevaliers de Sigismond, l'armée populaire privilégie la mobilité, les armes de jet et une utilisation maximale du terrain. La cavalerie légère, inspirée des cosaques, remplie parfaitement son rôle d'informatrice. Les Hussites ont toujours deux tours d'avance sur leurs adversaires ce qui leur permet de choisir soigneusement leur champ de bataille. Comme Zizka l'a prévu, la chevalerie charge bille en tête les chariots. Elle est accueillie par une volée de flèches et de boulets. Les chevaux s'emballent et nombre de leurs propriétaires sont désarçonnés. Ceux qui parviennent à se frayer un chemin jusqu'aux chars sont assommés à coup de fléaux plombés, désarçonnés par les faux recourbés ou transpercés pat les hallebardes. Lorsque la panique est complète, les réserves hussites surgissent des intervalles et mettent en pièces les nobles en armures qui une fois tombés au sol ne peuvent plus se relever. A chaque fois, les hussites prennent soin de couvrir leurs arrières en s'installant près de marécages ou de taillis impraticables. La cavalerie populaire n'a plus qu'à finir le travail en poursuivant les rescapés.
   Ce scénario va se répéter des dizaines de fois. Croulant sous les défaites, le Pape et son allié sont contraint d'accepter l'indépendance de l'église hussite.

   Le plus surprenant dans cette histoire est que les armées féodales ne changeront à aucun moment de tactique. Mais, convaincus de leur supériorité innée les chevaliers de Sigismond le pouvaient-ils ? Une belle illustration de "l'inconscience du pouvoir"...



dimanche 29 avril 2012

Alain Soral et la merdomobile

Non, le Front National ne s'est pas assagi. Bien au contraire...

      La coloration "sociale" du programme de Marine Le Pen ne vient pas de nulle part. Elle est pour partie opération tactique. Mais elle est aussi le fruit du passage éclair au Front d'un personnage peu connu du public. Je veux parler de l'aventurier Alain Soral. Figure du tout-Paris punk des années quatre vingt, un temps professeur de mode, on le croise chez Ardisson puis de plus en plus souvent sur divers plateaux télé. Au fil du temps l'homme ne s'économise aucune louange. Il est le plus grand cinéaste inconnu de notre temps, le dernier célinien en activité, le professeur de boxe émérite, le communiste en avance sur son temps etc... de plus l'homme pond. Des précis de drague, des traités virils et plus récemment d'inquiétantes mixtures où se côtoient marxisme, nationalisme et anti-sionisme. Phare de son époque, Alain Soral ne pouvait échapper à ce très ancien jeu de société qui enthousiasme toujours : déjouer le complot. Face à la crise, Soral émet une théorie entièrement neuve. Le complot ayant une capitale - Tel Aviv - nous sommes donc en présence du "complot juif". Fort de cette thèse murement réfléchie, étayée par le décryptage minutieux des minutes d'Attali et des envolées de BHL, Soral finit par débarquer là où ses idées tout à fait inédites doivent trouver un puissant écho : le bureau de la SA Le Pen et fille.

      Le Pen et fille sont vite séduits par cette révélation dont ils n'avaient jamais entendu parler. Cependant, Soral conscient de la puissance de son clystère prend soin de l'enrober. Car avant de s'arc-bouter sur "la question juive", Soral veux cajoler l'ouvrier français prit dans "l'étau de la finance juive". Cette formule quoi que présentée comme entièrement neuve rappelle quelques discours d'avant guerre à pépé Le Pen. Mais le vieux, usé par un trop plein d'émotions au Negresco Nice, songe surtout à refiler à sa fille chérie les clefs de la merdomobile. Soral est adoubé, introduit dans le cabinet noir où les deux hommes finissent par se trouver "charmants et pleins d'humour". Alain se met à la tache. Il peaufine les discours, surligne les fondamentaux, joue d'un menton mussolinien à la moindre incartade. Jusqu'au moment où rêvant d'un mandat plus officiel, d'un poste plus important, Soral s'imagine mousquetaire rouge chez les mousquetaires gris et pourquoi pas tuteur de l'héritière. Rien de tel pour irriter le vieux et inquiéter la fille. Un rien d'humeurs et voici Soral débarqué du paquebot. Roublards, les Le Pen gardent la carte au trésor du naufragé. Elle indique un parcours fort simple : taper sur le métèque, le pédé et la féministe tandis que l'on nourrira à la mamelle le vrai travail français. Et accessoirement l'arabe qui sait se tenir.

       Mais notre punk façon Je suis partout* s'est toujours ri de l'adversité. Et gageons que depuis les modestes bureaux de sa petite entreprise, il saura refourguer à quelques gogos sa camelote fausse gauche du travail /vraie droite de la xénophobie.

* Je suis partout est un journal français d'extrême droite où sévissait le collaborationniste Brasillach si cher au souvenir de Le Pen




jeudi 19 avril 2012

Jackie


 Robes de chambres lamées or et pantoufles en plumes d'archéoptéryx, Jackie pond un tube par semaine...

  Même Elvis n'en revient pas. Et pourtant c'est lui qui paiera les frais d'hospitalisation de Jackie lorsque ce dernier fera une énième et fatale crise cardiaque en plein show. Il faut dire que le professeur Wilson travaillera à une formule grandement volatile toute sa vie : allier la nitroglycérine du rythme and blues avec les potentialités inflammables du baryton. Et ça marche. En bonus : multi-toupie façon Taaz et grand écart sur les plateaux télés des fifties-sixties pour présenter la dernière nouveauté. Le jeune James Brown en sera marqué à vie. Mais c'est encore la chanteuse Etta James qui en parle le mieux : " A la grande époque du rock'n'roll, il n'y avait personne d'aussi magnétique que Jackie. C'est l'artiste le plus excitant que j'ai jamais vu sur scène et on avait l'habitude de le surnommer "The Dandy Man". Il était toujours fringué de façon incroyable arborant fièrement un clope à la manière de Jimmy Cagney. Même ses cheveux faisaient des trucs qu'on ne voyait pas chez les autres : lorsqu'ils lui tombaient sur le visage, il lui suffisait d'un léger coup de tête pour qu'ils se recoiffent exactement dans leur posture initiale. Lorsqu'on faisait la fête dans son appart' new-yorkais, il ne faisait jouer que ses disques. Et si on avait le malheur de mettre le disque de quelqu'un d'autre, il vous foutait à la porte..."

vendredi 13 avril 2012

Mélenchon


  j'ai regardé sur Youtioube le discours de Mélenchon en visite à Clermont...

  Ce qui m'a le plus frappé c'est la joie de l'orateur d'être là et des audit(rices)eurs d'être venu(e)s. Mélenchon me semble éprouver un bonheur enfantin d'être au milieu des autres. Comme lorsqu'on retrouve ses copines et copains de classe pour la première récré de rentrée. Ce qui fait sa force, ce n'est pas seulement le talent rhétorique de l'ancien sénateur, mais surtout la présence de l'enfant Mélenchon qui ne semble jamais bien loin, toujours prêt à proposer une découverte exaltante à ses camarades. Dans le fond, Mélenchon c'est un super délégué de classe. Que le chauffage tarde à venir dans le petit internat frigorifié et Jean-Luc, comme à chaque rentrée, ira trouver le provo. Et huit fois sur dix le chauffage survient avant que les terminales n'aient eu le temps de mettre la zizanie dans l'établissement. Et cela avec une telle réussite que les grands redoublants finissent par le regarder comme un fayot. C'est peut être injuste. Mais c'est humain.

  Son chef d'oeuvre, incontestablement, c'est la règle verte. La façon dont il vous démonte les plans d'austérité et l'adoption de la règle d'or au profit de la règle verte est une merveille de précision. Au point qu'il en arrive à enthousiasmer dix milles personnes à l'idée de donner quarante années de leur vie pour mille sept cents euros par mois, ces mêmes personnes ayant appris entre-temps à se passer d'une voiture de luxe. Nous touchons là, à mon avis, au point critique de cet homme sensible et intelligent. Certes, c'est un tour de force d'avoir su redonner vie au poster de Jaurès. C'est presque incroyable d'avoir emmener des communistes productivistes vers des préoccupations écologiques. C'est merveilleux de redonner sens à l'assemblée des personnes humaines. Mais Jean-Luc, un effort reste à faire pour ce dernier trimestre. Et mille sept cents euros par mois n'y suffiront pas.

   Car l'humanité n'en peut plus du salariat. Elle n'en peut plus de la hiérarchie. Elle est même précisément en train d'en crever. Elle en étouffe et parfois même s'en immole. Vouloir une énième république sans vouloir dépasser le salariat ne sert à rien. Vouloir vaincre le capitalisme sans abolir le salariat reviens à vouloir vaincre le tétanos en terrain putride. Car le salariat est une horreur qui ne libère que l'actionnaire. Et qui condamne chaque jour d'avantage le salarié  à des taches de plus en plus absurdes dans un climat général de survie. Le salariat est le meilleur ennemi du travail, de l'égalité, de la fraternité, du temps concédé à chacun(e) sur cette planète. Le salariat est la soumission à n'importe quel prix, du plus modique au plus scandaleux. C'est l'autre nom de la prostitution. Le nom usuel que chacun est forcé d'articuler sans honte de Paris à Pékin. C'est "l'empoi", comme le dit si bien Sarkozy. Bien sur, il se trouvera toujours des "fourmis besogneuses" (comme aiment à se définir certains communistes) pour me jeter à la figure en guise de fierté la longue litanie des luttes salariales. Primo : les fourmis ne besognent pas. Elles vont au plus juste, au plus simple. Jamais une fourmi de trop pour transporter le cadavre d'un papillon. Secundo : c'est sur cette reconduction de luttes désespérantes pour un salariat affublé de quelques semaines de congés que ces apparatchiks de "l'empoi" ( leaders syndicaux, députés, sénateurs et j'en passe) prospèrent depuis un siècle et demi. Et je crains fort, hélas, que le talent de Mélenchon ne serve qu'à réanimer ces pourvoyeurs de survie.

   Mais l'insurrection, effectivement, vient. Et il n'est pas certain que Mélenchon puisse y jouer le rôle de Mirabeau. Encore moins celui de Robespierre. Nous ne sommes plus au temps où la France exportait les Droits de l'Homme flambant neufs de ses industrieux bourgeois au rythme des pieds nus de ses paysans-soldats. Aujourd'hui, la vieille souveraineté occidentale s'étiole, se replie, se communautarise, se trouve des spécialistes en conspirations et des mitrailleurs d'enfants comme Breivik ou Merah. Mais rien n'y fait. La soumission à "l'horreur économique" reste chez nous entière. Notre seule crainte est que des despotes russe ou chinois nous battent à notre propre jeu. A vrai dire, se vengent des jours radieux où nous dévorions à belles dents la galette coloniale aux portes de la Cité Interdite. L'impérialisme brutal, patriarcal et raciste gangrène la planète.

Si nous n'abandonnons pas le capitalisme qu'allons nous devenir ?

lundi 2 avril 2012

Emile (1873 - 1951), proto-punk...


Ma première rencontre avec le "Do It Yourself" date de mes douze ans. Précisément lorsque Mémé Pauline, une voisine de quatre-vingts balais, m'offre les "Dialogues bourbonnais" d'Emile Guillaumin. La claque !...


D'abord on parle comme moi dans ce livre. Mais aussi comme ma frangine, comme mes parents, mes oncles et tantes. C'est à dire en utilisant tout un tas de mots rigolos comme "acapzouner" ou "gazilles" ! Des mots qu'on ne voit jamais dans le journal et qu'on entend pas plus dans le bec d'Yves Mourousi, la vedette TV du moment : " Salut les gazilles ! Aujourd'hui on va s'déberdiner avec Iggy Pop !". Niet ! Pas de ça sur TF1 ! Ensuite mon père me raconte qu'il a connu Emile Guillaumin. Gamin, il le voit biner son potager comme je vous vois ! Il écrit des livres, il scie du bois, il trait ses chèvres comme tout le monde. Comme tout le monde sauf qu'il a bien failli décrocher le prix Goncourt ! Mais pas que ! Accrochez vous : sans internet ce type monte le premier syndicat paysan en 1905 ! Et les syndiqués de cette époque, c'est pas les Poppys. Dès qu'un truc les chauffe, ils dézinguent à coup de douze les volets des perceptions. Tout ça depuis Ygrande, un petit bled d'à peine mille âmes ! Apprécié de ses amis et voisins métayers, l'Emile envoie chier poliment mais fermement les cocos qui voudraient en faire un pin's pour la fête de l'Huma comme les Vichystes garantis travail - famille - patrie ! Un proto-punk je vous dis. Genre faites tout vous mêmes depuis chez vous ! A cul les bourgeois !
Si un jour vous passez par Ygrande, visitez son petit musé.
En tout cas, si vous voulez en savoir plus sur le "Sage d'Ygrande" consultez sa page Wiki. Elle est très bien faite. La preuve : je suis cité vers la fin...

jeudi 22 mars 2012

Terroriste

tiens, ça me rappelle une chanson qu'on chantait avec Lili dans le temps...

   En parlant de souvenir, vous souvenez vous de Julien Coupat ? L'affaire de Tarnac, ça vous dit rien ? Oh si, ça va vous revenir ! Julien Coupat c'est le gars qui, une nuit, s'était arrêté avec sa copine non loin d'une voie de chemin de fer. Histoire de se bécoter en écoutant Nostalgie. Ou même pisser un coup, pourquoi pas ? Sauf que, dans ce cas précis, y'avait les Brigades du Tigre en planque dans les fourrés. Avec Kodak infra-rouge et micros chinois hyper-sensibles. "Ah bon !?" me direz-vous "et pourquoi don ?". Because le gus tenait une épicerie d'ultra gauche avec biscottes situationnistes et coca black block.
Là dessus, voilà qu'on découvre un bout de ferraille sur les lignes privatisées. Ni une, ni deux le Raid ( à ne pas confondre avec le Baygon jaune ) déboule fissa dans l'épicerie, casse tout comme à son habitude, et met au secret tout le personnel. Même une mamie qui essayait un t-shirt de Bakounine fut plaquée à terre dans un grand fracas de grenades et de "bouge pas ou j't'explose !".

   Là dessus causons salafisme. Mohamed Merah, qui vient de mourir avec sa présomption d'innocence, avait, si l'on en croit Pujadas de Francedeux, effectué deux pèlerinages dans les "zones tribales" afghanes, régions où l'ultra-féminisme est une seconde nature. On le croise également en Egypte et en Israël. Sans doute marqué par la beauté de Jérusalem, il accumule dans sa garçonnière pistolets Uzi et mitraillettes Sten. Le voici enfin en "stage" en Espagne chez un prédicateur de flamenco. Entre-temps, un scribe de la CIA, ou du FBI, ou du NCIS ( allez savoir, avec l'inflation de services...) l'inscrit d'une plume tremblotante sur la longue liste des touristes indésirables dans le comté de New-York. De retour en France il invite le mercredi, sabre au clair histoire d'édifier la jeunesse, quelques gamins à venir visionner des égorgements dans sa BM. Son frangin nous dit-on organisait de lointaines excursions pour Talibaland... les Brigades du Tigre, toutes pantoufles anti-bruits dehors, ont-elles "interpellé" nos deux zigs avec autant de ferveur ?

   Non. Et l'on conviendra que lorsque nos glorieux services mettent le paquet sur une épicerie socialisante de campagne, ils se montrent paradoxalement très désinvoltes avec un cadet fraichement émoulu d'une académie jihadiste afghane. Heureusement que notre homme aura la bonne idée de laisser son nom et son prénom au concessionnaire qui devait repeindre en blanc le fameux scooter noir dont toutes les téloches parlaient ( l'erreur du débutant sans doute. A par faire chier les femmes, je me demande ce qu'on y apprend dans les académies djihadistes...). L'on conviendra aussi que la récurrence de morts violentes en période présidentielle est en passe de devenir une spécialité à fréquence décennale : tueries d'Ouvéa en 88, de Nanterre en 2002... Mais le comble est atteint quand Bernard Squarcini ( le boss de la DCRI et accessoirement l'un des mis en examen dans l'affaire "des fadettes" ) nous apprend dans Le Monde du 23 mars que Merah était un habitué de la Maison : "Merha a souhaité parler avec le policier de la direction régionale du renseignement intérieur (DDRI) de Toulouse qui l'avait rencontré en novembre 2011. Il est intervenu au cours des négociations. Mohamed Merah semblait avoir un rapport de confiance avec lui. Il s'est confié, il a coopéré. il nous a dit où était le scooter ou les deux voitures. Le courant passait bien. Non sans cynisme, il a même dit à ce policier : "De toute façon, je devais t'appeler pour te dire que j'avais des tuyaux à te donner; mais en fait, j'allais te fumer !" C'était un Janus, quelqu'un qui a une double face". Mazette ! Belle définition de la balance ! Niveau indic, on a le nez fin à la DCRI !
   Qu'on me comprenne bien : les caméras faramineuses, les filatures imparables et les brigades d'élite je laisse ça à la Mère Noël pour golio. Encore plus quand les millions dépensés en caméras et "fonctionnaires surentrainés" se soldent par sept morts en une semaine et que la dernière alternative de la maison Poulaga est désormais d'interdire le port du casque aux motocyclistes...
   Mais soit "on nous prend pour des cons" comme le chantait jadis Tonton David, soit on a la preuve que la DCRI ne sert qu'à faire chier les anars et les amaps.

   Mais je te vois venir, internaute sur écoute. Tu te dis :"Mais, Webmaster Virlo, quoi faire des millions économisés en caméras et en zélés agents qui malgré tout nous sécurisaient tout les trente-six du mois ?". Comme c'est le printemps je lance deux ou trois idées. Pourquoi donc Pujadas de Francedeux ne tendrait-il pas ses beaux micros à bonnettes aux anarchistes israéliens et à leur collectif contre le mur ? Ou encore au Maki qui soutient inconditionnellement l'adhésion des palestiniens à l'ONU ? Ca nous changerait des perroquets savants de Netanyahou. De même, ces millions économisés seraient peut être utiles à l'Association Tunisienne du Planning Familial ? Ou encore aux libertaires syriens, aux féministes marocaines, aux socialistes égyptiens qui luttent pied à pied contre les fondamentalistes ?

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samedi 25 février 2012

Le nouveau Leaderprice le 29 mars chez Spliff !

 
      Préparez vous à casser la tirelire ! Onze titres plus des bonus. Pochette de Mel Nelson. Avec des invitées de prestige comme si il en pleuvait. Mince ! C'est beau le printemps !

      Sans vilain jeu de mots hors de saison, on peut dire que c'est le disque de la collaboration ! Cécile a fourni un texte ( petit déjeuner), j'ai pioché dans la caverne d'Ali Baba Sarot (Quand les gogues narrent), dans le répertoire d'Annie Philippe ( Tout finit à Saint-Tropez)  comme dans celui des Frères Jacques ( Stanislas). Cécile est venue poser sa voix. Mélanie également sur une version remasterisée de "Little Wings". Lili chante Billie Hollyday et Céline fait une apparition remarquée sur le texte de Cyril. Les thèmes flirtent avec l'amour sous toutes ses coutures mais aussi du coté de l'enfance malheureuse ( la classe des retardé(e)s). Ou encore la transexualité (Bye bye les princes charmants). Bref, une oeuvre familiale qui enchantera les familles pluri ou monoparentales. Pour l'occasion, mini-concert chez Spliff le jeudi 29 mars à 18H00 !
à venir également :
- concert avec The Kokomo's le 16 mars dés 2OH00 au Cosmic Bar, le 12 avril au Baraka à 2OH3O et on se retrouve pour le Bal de printemps des Tipietoks à la Maison du Peuple début mai.
Mon premier album "Santo Subito" est en téléchargement gratuit sur le site d'Indian Redhead.


mardi 21 février 2012

Poète


Le 21 février 1944, Missak Manouchian et vingt et un de ses camarades sont fusillés par les allemands après une traque particulièrement efficace des Renseignements généraux français (l'actuelle DCRI). Rappelons que lorsqu'il n'écrivait pas de poèmes, ce grand amoureux de Verlaine et de Rimbaud menait la vie dure aux nazis. En cette période qui voit les préjugés revenir en force, on pense à toi, Missak, et on t'embrasse.


mercredi 8 février 2012

Louise en Kanaky

En 1878, les cultivateurs kanaks se soulèvent contre les gros proprios et petits colons français pour recouvrer leurs terres. A leurs côtés, une anarchiste : Louise Michel.

      Lorsque la révolte éclate, cela fait bientôt cinq ans que Louise est déportée en Nouvelle Calédonie. C'est à la République renaissante qu'elle doit son statut de bagnarde. En effet, Louise, communarde parmi les communards, veut abroger les loyers, rendre gratuite l'instruction. Mais la République ne plaisante pas lorsqu'il s'agit de sauvegarder le Code Civil. Après que ses soldats aient fusillé 20 000 personnes, ses tribunaux vont expédier 40 000 procès. Louise échappe au peloton en se planquant. Les autorités ayant pris sa mère en otage, Louise refait surface et se livre. La voici donc ici, au bagne de la presqu'île de Ducos aux portes de Nouméa. Depuis vingt ans, le bagne est devenu une des spécialités de la colonie. Les prisonniers sont employés à des travaux dans le centre ville de Nouméa ou regroupés au sein de fermes pénitentiaires qui grignotent chaque jour d'avantage les terres cultivables des kanaks. Les cinq milles communards sont relégués non loin des villages kanaks. L'administration pénitentiaire, dans sa béatitude raciste, compte bien que les tribus exerceront à moindre frais une surveillance gourmande de ses détenus politiques. Hélas, personne ne sera dévoré. Si quelques communards disparaissent, c'est pour d'autres raisons. Henri de Rochefort, un pote de Louise, réussit l'exploit de quitter la Nouvelle Calédonie avec cinq déportés grâce aux villageois et aux francs-maçons australiens. Quant à Louise, elle construit une cabane et démarre un jardin potager. Elle se lie d'amitié avec Daoumi, un kanak employé par l'administration du bagne. Daoumi va devenir son interprète et son professeur de langues. En sa compagnie, Louise rend visite à la tribu voisine. Les villageois ont tôt fait de lui décrire les tenants et aboutissants socio-économiques du coin : les français ont mit le pays en coupe réglée à coups de fusils. Les éleveurs européens ont pris les meilleures terres, laissant la portion congrue aux tribus. Le bétail, laissé en liberté, saccage les cultures. Beaucoup de gens ont du se réfugier dans la forêt ou se planquer dans les grottes. Au tour de Louise de raconter la Commune, les massacres et les mois de traversée sur un rafiot-prison. Comme elle passe de plus en plus de temps au village, elle sait désormais ce qui pousse bien, ce qui pousse mal, sait préparer le kokoci ou la koupette ou encore des recettes pour se soigner. Au bout d'un moment, on la garde à souper. Louise découvre les contes, les légendes et les chansons.

      Lorsque l'insurrection éclate en juin 1878, après des mois de préparation minutieuse, Louise veut y associer les communards. Presque tous vont se ranger du coté des flics et de l'armée : "Pas question de soutenir ces cannibales sans civilisation !"... C'est peu dire qu'elle tombe des nues, elle qui depuis des mois essaie de retranscrire dans des carnets l'extrême complexité du droit coutumier kanak. Pendant ce temps, le chef Ataï et ses partisans remportent des victoires et menacent Nouméa. La République envoie des renforts et fait assassiner Ataï. En décembre, les zones de rébellion finissent par être encerclées et les soldats incendient la forêt systématiquement. Beaucoup de gens périssent brûlés vifs. Beaucoup d'autres sont massacrés. La surveillance de Ducos s'étant considérablement relâchée ( les colonnes punitives ayant besoin de bras, et beaucoup de bagnards ne se font pas prier pour les rejoindre ) Louise cache des combattants blessés et fait passer des munitions.
      En 1880, le gouvernement déclare l'amnistie des communards. Louise peut rentrer en France. Au moment du départ, ses camarades kanaks viennent lui dire adieu. L'un d'eux porte une écharpe rouge. C'est l'écharpe de Déléguée de la Commune de Louise.

dimanche 1 janvier 2012

Le Lion Rouge

    Le quatorze juillet dernier j'ai regardé le défilé militaire sur la chaîne gouvernementale France 2. Celui ci était commenté par Marie Drucker et par un officier supérieur du service de communication des armées. A un moment, je ne sais plus de quoi Marie papotait avec l'officier, mais celui ci a eu cette répartie étonnante : "vous savez Marie, Trotsky disait toujours : si vous n'aimez pas la guerre, la guerre elle vous aime !". C'est dingue ce qu'on peut dire sur une chaîne gouvernementale. Cette même journée, Eva Joly rappelait qu'il est plus drôle d'organiser une fête, même nationale, avec un défilé d'enfants plutôt que de convoquer des centaines de militaires professionnels et leurs engins cracheurs d'uranium appauvri. Moi, je n'aime pas la guerre et j'espère bien que la guerre ne m'aime pas. En guise d'étrennes je vous donne à lire un texte que j'ai écris voici quelques mois.

    "Courage ! Ce soir, on couche en ville !". Des acclamations de part et d'autres de la charrette. Il est là et il faut que les hommes le sachent. Il est à son aise, il est dans le cyclone. Au milieu des troupes, des canons, des carrioles, du bétail et de la boue. Peu importe qu'on campe dans Bruxelles ce soir ou demain. On campera dans ce qu'il en restera et puis on foncera ailleurs. Et encore ailleurs. Maréchal de France depuis onze années, il vit comme un nomade. Se poser ou bouger ? il n'a jamais voulu choisir. L'empereur et ses guerres choisissent pour lui. Des viols, des rapines, du saccage. Des corvées de bois, des gueules sans mâchoires. Et puis les chevaux qu'on prend le temps de caresser. Eux, ils n'ont pas demandé à être là. Et puis la mort, partout, toujours. On marche dessus, on roule dessus, on la boit, on la bouffe, on la sent. Il faut avoir vu les pièces de douze aboyer sur les villes pour bien comprendre tout le mépris impérial. Autrefois, sous les lambris du palais, la possibilité d'une gloire lui permettait d'avaler des sorbets. Mais c'est fini. Il est revenu à l'essentiel et il le sait. Il le sait aussi bien que cette cohue qui patauge dans la fange sous ses yeux. On a trop dit que le soldat était stupide et obéissant. C'est lui faire trop d'honneur. C'est bien mal le connaître. Ses soldats désobéissent constamment. Ils désobéissent aux villes, aux chaumières paisibles, aux cris d'enfants, aux femmes qui voudraient être considérées comme autre chose qu'un cul. Et puis il y a l'élite qui vous dégomme n'importe quoi sans ciller. Calmement. Avec application.

    "Ça va marcher voilà le Rougeaud ! Le Rougeaud est là !". C'est lui, Ney dit le Lion Rouge. L'une des têtes de cette hydre. L'un de ceux qui ont réappris la désobéissance et le mouvement à ces milliers de paysans. Non, tu ne rentreras pas pour la moisson, tu la piétineras ! Tu ne paieras plus de loyer, tout est à nous ! Partout ! En tout temps ! Troque ta patience de bouseux pour celle du rapace ! Et pour bien rappeler la maxime, les aigles marchent devant, dorées et couvées du regard. Les principes révolutionnaires ? Des proclamations faites pour terroriser les vieux ambassadeurs. Rien ne vaut l'exercice pratique, la « vertu » comme le disait si bien Robespierre. Ce vieux ressemble à ton père ? Tue le ! Celle là à ta fille ? Viole là ! Comme on ne peut pas toujours détruire les clans et leurs coutumes chez soi, autant apprendre à le faire ailleurs. Après une telle cure, la plupart des rescapés n'aspirera plus qu'à une chose : la respectabilité. Une belle invention, la respectabilité. Grâce à elle, on a le calme pendant quelques temps et puis cela recommence. Ceux qui voient autre chose dans la Révolution sont des cons, des chrétiens ou des jean-foutre. La première chose qu'il sait le Rougeaud, c'est que le feu tue ! Il caracole devant la mitraille depuis vingt ans. Et c'est pour cette raison qu'il est Maréchal d'Empire. La seconde, c'est que l'homme est fait pour la chasse et la rapine. Par pour les moissons. Pour lui, vouloir se fixer quelque part est une idée de vieux ou de parturiente. Bien sur, il aime la voix, les épaules et les seins d'Aglaé. Mais comme il a aimé d'autres voix, d'autres épaules.
Décidément, aujourd'hui il le sait : il n'aime que le cyclone.